CHAPITRE TROISIÈME
cidé à adresser aux États, en faveur de son neveu et à propos du commandement de la Haye, u un mémoire long et verbeux n que le ministre de Prusse était venu lire à M. de Vérac. Celui-ci s'était contenté de lui répondre, non sans malice : u que le roi de France ne croyait pas devoir se mêler des affaires intérieures de la République '. »
Les patriotes eux-mêmes n'étaient « point effrayés de l'intervention du roi de Prusse, parce qu'ils savaient que ce monarque faisait infiniment peu de cas du Sta thouder, et qu'il n'était pas probable qu'il entamât jamais une guerre qui aurait pour objet de conserver le commandement de la garnison de la Haye au prince stathouder^ ».
M. de Vérac craignait encore moins l'effet produit par le mémoire que Guillaume Y avait envoyé lui-même aux États, et où « il exigeait le commandement comme un droit inhérent à sa dignité ; il menaçait de ne plus reparaître à la Haye si on ne le lui rendait pas » • Le séjour de la famille stathoudérienne en Frise préoccupait davantage l'ambassadeur de France : u L'affabilité de madame la princesse, la douceur de son caractère, ses soins et sa tendresse pour ses enfants, la présence même des deux jeunes princes, qui sont dans l'âge où ils peuvent inspirer quelque intérêt, voilà bien des
1 Vérac^ 9 décembre 1785.
* Vérac, 14 janvier 1786.
moyens pour faire impression sur l'esprit de la multitude. »
Quels que fussent les charmes de la princesse et de ses enfants, Tappui de la France pesait plus dans la balance. Les patriotes ne négligèrent rien pour s'attacher M. de Vergennes : « La République est décidée à vous faire un présent magnifique »> écrivait au mois de décembre 1785 au ministre, M. de Grimoardy envoyé en mission spéciale à la Haye : u On vous avait d'abord destiné un diamant d'un très-grand prix, mais on m'a assuré qu'on y substituerait une vaisselle de dessert en or, à laquelle on emploiera quarante mille écus. » Et comme ou savait M. de Vergennes trop honnête homme pour se laisser séduire par des dons, on y ajoutait de délicates flatteries : u Les patriotes vous regardent comme leur plus ferme appui. M. de Gyslaër m'adit que sa vénération et celle de M. Van Berkel pour vous étaient telles qu'il me priait de lui faire acheter à Paris deux exemplaires de votre portrait, afin que l'un et l'autre puissent avoir toujours sous les yeux un visage ressemblant et cher. » Par un amusant contraste, le jour même où M. de Grimoard adressait tous ces messages au ministre, M. de Vergennes lui reprochait par une lettre se* vère u d'être tout a fait sorti du cercle dans lequel il devait se renfermer ». M. Van Berkel répondit à la plainte que le Stathouder avait adressée aux États par un mémoire que sir James Harris lui-