CHAPITRE TROISIÈME
même déclarait éloquent, et qui produisit grand effet. Le pensionnaire d'Amsterdam écrivit près* que en même temps à M. de Vergennes une lettre où il lui disait : « Il est de l'intérêt de la France de ne pas soufFrir qu'aucune puissance ne s'ingère sous quelque prétexte que ce puisse être dans ces sortes de discussions purement domestiques, n
Le rhingrave de Salm fut chargé de porter à Paris les observations du parti patriote, u lia une supériorité de lumières et détalent, une activité infatigable, une vigueur de caractère et une fécondité d'imagination qui lui ont mérité la confiance la plus entière » , écrivait Vérac. M. de Grimoard était moins optimiste : «Le Rhingrave, malgré son esprit, a beaucoup de singularités ; il a, par exemple la manie de se croire grand homme; souvent, il parle comme un inspiré et du même ton qu'emploierait la Providence si elle s'entretenait avec les hommes... Il est toujours botté et éperonné, porte un grand sabre, une coiffure et un vêtement extraordinaires assez semblables à ceux sous lesquels on représente Charles XII. Le Rhingrave n'a-t-il pas fait de dupes? >)
La suite de pe récit ne montrera que trop combien les craintes de M. de Grimoard étaient justes; mais le ministre français se laissa prendre encore une fois à l'esprit et aux grâces du Rhingrave, et quand il quitta Paris, après s'y être beaucoup agité, avoir vu beaucoup de gens, rédigé beaucoup
de mémoires, Yergennes eut soin de lui écrire : tt Je n'ai pas laissé ignorer au Roi le zèle avec lequel vous avez suivi les intérêts de la République, et Sa Majesté ne croit pouvoir mieux vous en marquer son contentement qu'en vous assurant de sa bienveillance et de sa protection. » Sir James Barris ne laissait pas que de s'émouvoir de ce départ, et Ton eût pu croire qu'il connaissait la phrase où M. de Yérac déclarait u que la naissance du Rhingrave le rendait susceptible des plus grands emplois» . Le ministre d'Angleterre croyait toujours au plan qu'il avait dévoilé. Pour /ziiV les patriotes voulaient renverser le prince, déclarer la princesse gouvernante pendant la minorité de ses enfants, avec un Conseil chargé de l'administration civile et militaire : « Salm s'est modestement proposé lui-même pour présider le département de la guerre. » — « Le roi de Prusse, ajoutait sir James Harris, a connu dès le début toutes les mesures de la France et des patriotes relatives au Stathouder. La cour de Versailles l'a mis à l'aise quant à l'échange de la Bavière. On m'a affirmé que cette potion calmante lui avait été envoyée et administrée par Mirabeau lorsqu'il s'est rendu à Berlin pour être reçu membre de l'Académie. Je suis, quant à moi, fort disposé à croire que la Prusse et la France se comprennent secrètement et qu'elles sont camarades. Elles se disent comme les docteurs de Molière : « Passez-moi la rhubarbe, et je vous