CHAPITRE TROISIÈME
M passerai le séné.»> Et la France déclare : u Prusse, « laissez-moi tranquille en Hollande, et vous n'au- « rez rien à craindre en Bavière ^ » u L'influence française est au point culminant; elle se maintient, non-seulement par l'intrigue et la cabale, mais par la corruption et l'emploi de sommes énormes. Rien que les villes de cette province lui reviennent à plus d'un million par an (50,0001.)^. »
Un soldat vaincu est toujours prêt à croire a la trahison; un diplomate malheureux voit partout les trésors de son adversaire. Que M. de Vérac eût des agents et qu'il les payât mieux que ses fournisseurs, cela est certain, mais il est certain également que ce n'est que près d'un mois seulement après la dépêche du ministre anglais que M. de Yergennes autorisa, au nom du Roi, l'ambassadeur de France « à employer, si cela est absolument nécessaire, des moyens pécuniaires pour augmenter le nombre des partisans de la bonne cause yy .
Les circonstances semblaient devenues graves subitement pour la France et les patriotes. Le 6 mars, le grand pensionnaire Bleiswyck, ancien orangiste devenu républicain, était venu trouver M. de Vérac pour lui déclarer que le Conseil d'Amsterdam paraissait disposé à ne pas adopter le mémoire de Van Berkel, et à voter en faveur du
> Sir James Harrîs au marquis de Carmarthen^ 2S février 1786. Diaries^ II, 187.
3 U réyrier 1786. Diaries, II, 186.
prince sur la question du commandement de la Haye. Les craintes de M. Van Bleiswyck devaient se réaliser. Le 10 du même mois, par vingt voix contre quatorze, la régence d'Amsterdam rejetait les conclusions de son pensionnaire, a II ne faut rien se dissimuler, Monsieur le comte, cet avis est la ruine du parti palriotîque» ,écrivaitM.deVérac dans un premier moment de découragement; « si malheureusement il passe aux Etats de Hollande, les patriotes sont perdus. »
L'influence séculaire d'Amsterdam sur les affaires des Pays-Bas justifiait l'émotion de M. de Yérac. Les partisans du stathoudérat se sont efforcés de tout temps d'établir un parallèle entre le gouvernement de Venise et la régence d'Amsterdam ^ D'après eux, Amsterdam, comme Venise, était entre les mains d'une aristocratie orgueilleuse et puissante , dédaigneuse des droits et des souffrances de la nation, et ne pensant qu'à sa propre grandeur; aristocratie fermée, composée d'un petit nombre de familles, et distribuant entre quelques favoris les privilèges dont elle pouvait disposer. C'était au dix*septième siècle
' La bibliographie des livres et des pampblets écrits sur Amsterdam, son histoire, son gouvernemept, formerait nn yolume. Jan Wagenâar, l'un des historiens^fiotionaux de la Hollande, a publié à la fin du siècle dernier, cdmme « historiographe d'Amsterdam », un ouvrage très-considérable sur sa ville natale. Son histoire d'Amsterdam forme trois gros volumes in-folio^ ou treize volumes in-S^, sans compter les « suites » •