CHAPITRE TROISIÈME
M. Hooft, 6icker,(le6raefF, d*autres encore, parmi lesquels mon arrière-grand-père, M. Jean de Witt, tout jeune encore, mais dévoue avec ardeur à l'alliance française, avaient conclu en faveur du mémoire de M. Van Berkel ; la majorité retournée par M. le bourgmestre Rendorp Van Marquette ' , «ambitieux, vaniteux, mais non sans talent » , s'était décidée à appuyer les réclamations du Stathouder.
Chose étrange, sir James Harris ne partagea pas la joie du parti orangiste, en apprenant cette nouvelle. Il était mécontent d'avoir vu repousser par le ministère anglais sa proposition d'encourager en Zélande un mouvement séparatiste destiné à amener une sorte d'union à la Grande-Bretagne, et ne voyait pas le vote d'Amsterdam du même œil « que beaucoup des amis du prince qui en attendaient de grands avantages^ » et la victoire définitive dans la province.
M. deVergennes avait reçu, non sans émotion, la dépêche lui annonçant cet incident: « La perplexité où noussommes. Monsieur» , écrivait-ilàVérac, «ne nous permet pas de vous donner des instructions précises sur la conduite que vous avez à tenir dans les différentes conjonctures où vous pourrez vous trouver. .. Si les États de Hollande ont rendu à M. le Stathouder le commandement de la Haye,
1 Marquis de Vérac.
* Sir James Harris au marquis de Carmarthen, 10 mars 1786. Diaries^ II, 190.
SOUS des restrictions convenables, il nous parait que ks patriotes ne doivent pas pour cela se livrer au dëcouragement, qu'ils doivent au contraire faire avec assurance tête à l'orage, et préparer avec réflexion les moyens de le dissiper et d'amener un nouvel ordre de choses. Le Roi y concourra autant que cela sera en son pouvoir. Sa Majesté désire que l'on puisse éviter un éclat. Il me reste, Monsieur, à vous parler de la sûreté personnelle des patriotes. Vous les assurerez qu'en tout état de cause, le Roi les prend sous sa protection immédiate; et vous ferez connaître partout où vous le jugerez nécessaire, que Sa Majesté regardera comme une offense personnelle tout ce qu'on entreprendra contre leur liberté. Il est à présumer que ce langage tenu avec énergie en imposera à l'audace des anglomanes, et que le prince de Naâsau croira courir quelques risques en affrontant le ressentiment de Sa Majesté '. »
C'était trop compter sur le bon sens du prince d'Orange. Le 17 mars 1786, la ville de la Haye, théâtre de tant de séditions, fut troublée par une nouvelle émeute plus grave encore que celle de septembre 1785. Les États de Hollande, résolus à dissiper l'erreur populaire qui attribuait au Slathouder le commandement exclusif de l'armée, avaient décidé que, vu leur qualité souveraine, les
* Vergmneâ au marquis de Vérac, 15 mars 1786.