CHAPITRE TROISIÈME
honneurs militaires leur seraient rendus, à l'entrée et à la sortie des séances. Par une seconde mesure, ils avaient ordonné que le drapeau des gardes hoUandaises^régiment spécialement affecté au service des États, ne porterait plus Técusson d'Orange accolé aux armes de la province, et que le lion de Hollande resteraitseul sur les étendards. Ils avaient enfin résolu de se faire rendre l'usage de la célèbre porte Stathoudérienne ^
La salle des États de Hollande se trouve former, avec celle des États-Généraux, la droite d'un grand carré, qui contient également le palais attribué au prince d'Orange. Une grande cour intérieure, fermée de tous côtés, a deux issues, l'une au nord, l'autre au midi. La porte du nord se prolonge en forme de voûte et n'a guère moins de trente pas ; elle aboutit à un petit pont qui débouche sur une grande place, longée par le large vivier qui borde le palais. De leur autorité privée, les stathouders
1 M. de Ver{;ennes au marquis de Vérac, 15 mars 1786.
te La scandaleuse porte Stathoudérienne » , dit M. Gaillard. Décade historique ^ 59.
Les patriotes avaient un intérêt réel à rappeler à Tarmée comme au peuple que la souveraineté appartenait aux États^ et que le Stathouder n*était que leur délégué.
Le prince d'Orange avait toujours cherché à accréditer Topinion contraire. Les honneurs militaires lui étaient exclusivement rendus, même par le régiment des gardes Hollandaises, chargé de veiller sur les États de Hollande. Quant aux étendards, les armes du prince étaient disposées de manière à cacher presque entièrement celles de la province. Ces petits faits prenaient une grande importance pour la foule.
74 rNE INVASION PRUSSIENNE EN HOLLANDE.
avaient interdit aux membres des États de franchir en voiture cette porte qu'ils s'étaient exclusivement réservée. Il s'agissait de faire cesser cette usurpation que la foule regardait comme une preuve de souveraineté. Dès le 15 mars, en vertu de la décision des États, la porte avait été ouverte ; mais bien que la garde fût doublée, la foule rassemblée sur la place paraissait si menaçante qu'aucun député n'osa s'exposer à la colère populaire. Gyslaer, pensionnaire de Dordrecht, jeune, ambitieux, courageux, sentit le ridicule auquel s'exposaient ses collègues, par leur frayeur. Le 17, à quatre heures de l'après-midi, comme il rentrait en voiture après la séance, il donna l'ordre à son cocher de passer par la porte Stathoudérienne, et fit monter auprès de lui M. Gevaerts, deHaarlem. Les émeutiers, qui avaient pris possession du petit pont, refusent de laisser passer le carrosse. Le cocher veut tourner bride. Gyslaer met la tête à la portière et lui ordonne d'exécuter la décision des États. Aussitôt, une bande d'hommes armés se jette sur la voiture, l'entoure, parvient à l'arrêter et cherche à la précipiter dans le canal. Gyslaer était perdu si la garde à cheval, prévenue à temps, n'eût chargé les émeutiers et ne les eût repoussés. Sans paraître s'inquiéter du danger qu'il avait couru, le pensionnaire de Dordrecht continua sa route. Le lendemain, beaucoup de ses collègues l'imitèrent.