‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 46 sur 167 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

« Jamais plan ne fut si mal combine et si mal exécuté » f déclare philosophiquement sir James Harris dans une dépêche, datée du jour même. Il y avait là plus qu'un plan mal combiné, c'était une rébellion formelle contre le souverain. L'un des chefs de l'émeute, arrêté aussitôt, fîit, sur l'ordre des États de Hollande, inculpé de haute trahison et jugé par la commission des États. Il se trouva, par un hasard malheureux, que c'était le perruquier d'un des chambellans du prince. Il était arrivé la veille du palais de Loo où se trouvait le Stathouder . Il prétendit, pour sa justification, qu'il n'avait saisi les rênes des chevaux que pour éviter d'être jeté par terre. L'instruction prouva d'une manière évidente qu'il y avait eu de sa part préméditation, et qu'après avoir proféré les injures les plus violentes contre le pensionnaire, il avait, au moment de son arrestation, reproché à la foule de l'abandonner lâchement. Le crime était évident, la condamnation fut sévère. La sentence de mort fut prononcée le 23 mars contre le coupable. Le 24, entre dix et onze heures du matin, il fut conduit jusqu'au pied de l'échafaud, à travers une double haie de troupes. L'arrêt rendu contre lui fut lu pubUquement. Au moment où le bourreau allait procéder au supplice, la foule reçut connaissance d'une commutation de peine. Sur la demande de Gyslaer et de Gevaerts euxmêmes, la peine capitale fut changée en prison perpétuelle.

76 UiN'E INVASION PRUSSIENNE EN HOLLANDE.

Les partisans du Stathouder avaient encore une fois compromis sa cause par sa violence, et bien que sir James Harris déclarât « que Tinstruction contre le perruquier avait été absolument arbitraire ^ » , TefFet produit tout à la fois par le courage et l'indulgence deGyslaer fut général. Les États de Hollande, sans trancher définitivement la question de la garnison de la Haye, la résolurent provisoirement en conférant le commandement à leur « Conseil député» .' — « Il me devient bien difficile d'être renseigné, écrit sir James Harris, les amis de la vieille cause, découragés par l'insuccès, quittent peu à peu la Haye pour se retirer dans les provinces. Les plus timides n'osent même plus me parler. »

Le ministre d^Angleterre ne trouvait plus guère d'appui que dans M. Van der Spiegel, pensionnaire de Zélande, qui poussait sa province à s'unir étroitement avec l'Angleterre, et déclarait qu'en cas de difficultés diplomatiques « la France n'était en rien prête pour la guerre et ne jugerait peutêtre pas l'objet assez important pour tirer l'épée *» .

^ Sir James Harris au marquis de Carmarthen, 28 mars 1784. DiarieSy II, 194.

Sir James Harris déclare aussi que le droit de grâce eut dû être exercé par le Stathouder, et non par les États de Hollande.

Le récit même de l'émeute ne présente pas grande différence dans les dépêches françaises et anglaises. Gaillard lui a consacré un long paragraphe dans son histoire. Décade^ 59-64.

^ La dépêche de sir James Harris au marquis de Carmarthen, en date du 26 mai 1786, contient le récit d'une très-intéressante

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