‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 52 sur 167 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

à la chronique scandaleuse, n*en joua pas moins un rôle politique important, à la fin du siècle dernier.

Il y avait à Berlin, vers 1760, un maître de chapelle nommé Enke qui était pauvre et qui avait trois filles. L'ainée plut au prince, qui sut le lui faire comprendre ; elle ne fîit pas très-cruelle, son père ne fut pas très-scrupuleux, et cette union peu légitime fut formée vers l'époque du mariage du prince d'Orange avec WiUielmine de Prusse ; pour n'être guère orthodoxe, elle n'en fut pas moins très-orageuse. La nouvelle favorite, impérieuse et violente, traitait mal ses sœurs. Le prince royal crut devoir prendre le parti de la cadette ; ses conseils furent mal reçus, une rupture s'ensuivit. Mademoiselle £nke s'en consola bien vite ; elle retrouva un adorateur qui fut remplacé par beaucoup d'autres, et se rendit à Paris, où elle devint célèbre sous le nom de la « belle Polonaise » . Le prince royal était trop bon Allemand pour ne pas mêler la morale à ses aventures. Il s'avisa de prendre soin de la sœur abandonnée. Wilhelmine Enke, très-douce, très-aimable, semblant trèsnaïve, sut lui inspirer une pitié profonde, qui se changea bientôt en une véritable affection. Il résolut de se charger de son éducation, la fit élever très-sérieusement et lui donna les meilleurs maîtres. Il s'aperçut un jour qu'elle devenait belle, et le lui déclara. Elle ne s'indigna pas de cet aveu ;

mais ses g^oûts modestes et tranquilles dispaiiirent avec sa vertu. Le prince dut contracter des dettes et eut sans cesse recours aux emprunts. Frédéric le Grand l'apprit et s'en indigna. Il ne comprenait guère l'amour, mais n'admettait pas l'amour ruineux. Willielmine Enke dut, par ordre supérieur, aller rejoindre, à Paris, sa sœur ainée, qui se réconcilia avec elle quand elle la sut chassée comme elle. Il n*y avait rien de changé en France qu'une belle Polonaise de plus. En Prusse, le prince royal ne crut pouvoir mieux se venger qu'en prodiguant à vingt personnes les hommages qu'il réservait auparavant à une seule. La morale ne profita guère de ce changement, et les richesses du vieux roi n'en furent pas moins menacées. Frédéric le Grand s'avisa que des « femmes telles que la Enke » « étaient trop ignorantes, trop apathiques, trop bonasses pour s'occuper de politique » , et proposa le retour de celle qu'il avait lui-même renvoyée. Il y eut, à cette occasion, toute une négociation diplomatique à laquelle prit part, au nom du Roi, un conseiller d'État, nommé Philippin Ce pacte de famille d'un nouveau genre fut conclu sous des formes solennelles. Pour montrer jusqu'où allait sa condescendance, Frédéric voulut bien offrir à sa nièce de la main gauche une jolie maison où, pendant quelques années, elle donna l'exemple de toutes les vertus domestiques. Le roman semble fini. Mademoiselle Enke^ mère de

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