‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 53 sur 167 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

trois enfants, se croyait assurée d'une fidélité presque conjugale, lorsque le prince se laissa toucher par les doctrines d'une secte religieuse qui n'admettait de nouveaux membres que sur un certificat de bonnes vie et mœurs. Mademoiselle Enke était un obstacle à la réception du prince royal. II sacrifia mademoiselle Enke. Puis, pour se mettre et pour la mettre à l'abri des tentations, il la maria, en sa qualité de pontife du nouveau culte, à une sorte de valet de chambre nommé Rietz, fils, dit-on, d'un jardinier. Madame Rietz, qui n'avait cédé qu'à regret aux ordres de son royal amant, n'obéit pas pendant longtemps aux commandeioients du Décalogue ; le prince, une fois monté sur le trône, revint à ses anciennes amours, tout en restant illuminé, et ne sut pas cacher sa nouvelle flamme à celle qu'il honora du titre de comtesse de Lichtenau .

C'est bien souvent dans la vie privée d'un homme qu'il faut chercher le secret et l'explication de sa vie publique. Rien ne peint mieux Frédéric- Guillaume que sa conduite en cette aventure, et ce récit un peu long d'un épisode assez scabreux est plus propre que bien des portraits à faire comprendre son caractère et les hésitations de sa politique.

Quels que fussent les torts du nouveau roi envers sa femme, la très-estimable princesse de Hesse, son avènement au trône n'en fut pas moins re-

gardé avec joie par ses nouveaux sujets. Le prince royal avait été populaire, le Roi devint bientôt le « bien-aimé » , surnom qui semble réservé aux monarques qui ne se sont guère piqués de fidélité conjugale. L'aspect physique de Frédéric-Guillaume, sa force remarquable, son goût pour les exercices du corps et les plaisirs peu délicats,^^ n'étaient pas pour déplaire à une nation qui préfère la violence à la finesse, u C'était le vrai type d'un roi, dit M. de Metternich; sa taille était gigantesque, et sa corpulence à l'avenant ; dans toutes les réunions il dominait de la tête la foule qui l'entourait. » M. d'Ësterno, ministre de France en Prusse, assure u qu'il avait la taille et la forme d'un cent-suisse » , tandis qu'un diplomate autrichien voit en lui « une machine de chair » . Autre qualité qui plaisait fort à ses compatriotes, u il affectait de ne parler qu'allemand, de détester la France, les Français, leur frivolité, leurs principes, leur littérature, de combattre leur domination et de condamner leurs mœurs * » . Ajoutez que ce prince très-soucieux de la morale publique alla jusqu'à chasser de Berlin les comédiennes françaises, qu'il accusait de détruire l'innocence de ses sujets.

La mort du grand Frédéric n'avait pas troublé l'Europe, qui depuis longtemps n'avait pas joui d'un calme pareil. Les troubles de la Hollande

» M. Sorel.

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