CHAPITRE QUATRIÈME
semblaient seuls un grave sujet d'inquiétude. L'empereur Joseph avait pu mécontenter par ses réformes une partie de la noblesse et du clergé dans le Brabant, l'Autriche en voulait encore à la France d'avoir déjoué ses vues sur l'Escaut et sur la Bavière ; en Orient, les Turcs et les Russes se reprochaient, par vieille habitude, de fréquentes infractions aux traités, mais ce n'étaient là que des nuages peu menaçants, et le ciel politique avait rarement paru plus serein. Frédéric- Guillaume II, qui venait de se séparer de madame Rietz, sembla d'abord vouloir être sage dans la vie publique comme dans la vie privée. Après avoir contemplé, non sans une émotion triste et profonde, le cadavre de celui qui l'avait élevé, il déclara qu'il ouvrirait lui-même les dépêches du feu Roi et qu'il y répondrait en personne. Par d'intelligentes réformes, par des mesures énergiquescontre des agents prévaricateurs, par de nombreuses visites dans les provinces, il mérita l'approbation générale. On le félicitait un jour d'un acte de justice : u Je n'ai fait que mon devoir, se contenta-t-il de répliquer. C'est la devise de mon ordre : Suum cuique. » Il répondit à des courtisans ambitieux qui voulaient le diriger : « J'ai souffert seul, je gouvernerai seul » , et affirma que dans ses relations avec l'étranger, comme dans l'administration de son royaume, il ne s'inspirerait que de la justice et de la probité.
Dès son avënement au trône cependant, il crut devoir prendre dans les affaires de Hollande un ton différent de celui qu'avait employé son oncle. Cinq jours après la mort du grand Frédéric, il écrivait au baron de Goltz, son ambassadeur à Paris, pour le féliciter de « son énergie et de sa dextérité dans des circonstances si critiques » , et, malgré le style un peu confus d'une très-longue dépêche diplomatique, montrait clairement la part active qu'il entendait prendre dans les luttes intérieures des provinces. Pour lui, la résolution par laquelle les États de Hollande avait enlevé le commandement de la Hâve au Stathouder u était aussi illégale que hardie » . Il avait été heureux d'apprendre que « Sa Majesté Très-Chrétienne désapprouvait entièrement une mesure prise par dix médiocres villes contre neuf beaucoup plus considérables, mesure entièrement contraire aux droits et prérogatives héréditaires conférés au prince stathouder, et qui ne tendait pas à moins qu'à la destruction entière du Stathoudérat » . Les cours de Versailles et de Berlin ne pouvaient-elles pas s'entendre, puisque M .de Vergennes avait cru devoir blâmer la conduite de Vérac? Ne pouvaiton pas faire changer « la susdite résolution »? Le Roi croyait avoir trouvé « un biais et expédient propre à amener ce but. » Les États restitueraient « le commandement au prince stathouder, sous la réserve que ce serait sans conséquence, et qu'ils