CHAPITRE QUATRIÈME
pourraient donner eux-mêmes et directement à la garnison de la Haye les ordres qu'ils trouveraient nécessaires pour le bien public, dans les cas particuliers et présents » . Frédéric-Guillaume se portait fort pour la loyauté de son neveu : u Le prince n'abuserait jamais des prérogatives du Stathoudérat, n'aspirerait jamais à étendre ses prérogatives légitimes, suivrait exactement le système adopté par la République, et exécuterait strictement et sans aucun détour les résolutions et mesures constitutionnelles du souverain de chaque province. » Le Roi concluait en rappelant les bons et anciens rapports de la France et de la Prusse, rapports que pour sa part il désirait beaucoup continuer. « Si Sa Majesté Très-Chrétienne se trouvait dans ces dispositions, elle pourrait m'en donner la preuve la plus convaincante dans cette occasion en se prêtant, d'une manière efficace et suivie, à ce que je prends la liberté de lui proposer. Je lui en aurai la plus grande obligation et je ne manquerai pas de lui en témoigner en toute occasion ma reconnaissance aussi parfaite que sincère. Vous lirez cette dépêche au comte de Vergennes, vous pourrez même lui en donner un extrait s'il le demande', n
La lettre de créance adressée le 2 septembre par Frédéric-Guillaume aux États-Généraux pour
> Affaires étrangères. Copie de la lettre écrite par le roi de Prosse à M. le baron de Goltz, le 22 août 1786.
accréditer auprès d'eux le comte de Goertz, était encore plus nette et plus explicite. Le Roi ne craignait pas de parler « des oppressions inouïes que le prince avait dû souffrir si innocemment y* , et rappelait « que, dans différentes missives, Son Altesse le prince stathouder héréditaire avait représenté d'une manière aussi convaincante que circonstanciée la dureté de l'infraction éprouvée dans ses prérogatives » . Dans une lettre adressée aux États de Hollande et mise à l'écart par une résolution souveraine en date du 1 7 août, Guillaume Y, en effet, avait été jusqu'à dire : « Vos N. et G. Puissances ne doivent pas nous savoir mauvais gré, si nous persistons à regarder une résolution si déshonorante comme si elle n'avait jamais été prise à notre égard. »
Les déclarations de Frédéric-Guillaume II, comme les récriminations de son beau<-frère, restèrent inutiles. Les États de Hollande ne revinrent pas sur leur première décision. Quelques jours avant la mort du grand Frédéric, sir James Harris avait écrit à M. Ewart : a Tout prouve l'utilité de l'attente. « La poire n'est pas mûre » est un dicton favori de votre vieux roi. Bemercions-le de nous l'avoir enseignée >' Mais la politique sage et prudente recommandée par le ministre d'Angleterre ne pouvait convenir au Stathouder, ni auxorangistes.
> Sir James Harris à M. Ewart, 8 août 1786. Diaries, II, SiO.