CHAPITRE QUATRIÈME
L'efFgrt constant des princes d'Orange avait toujours tendu à réduire l'autorité souveraine des provinces et des villes. En 1674, à la suite de l'invasion française, Guillaume III, grâce à de savantes combinaisons et à des mesures violentes, était parvenu à s'emparer du droit de nommer les magistrats municipaux dans la Gueldre, TUtrecht et rOver-Yssel, sous prétexte de punir ces trois provinces de leur trop faible résistance à l'ennemi. Ce droit du Stathouder, connu sous le nom de règlement de 1674, toujours très-contesté et contraire au texte même de la Charte fondamentale des Provinces-Unies, assurait au prince, presque en tous cas, la majorité dans trois provinces sur sept. Les successeurs de Guillaume III n'osèrent pas tenter contre la Hollande un coup d'État du même genre; mais sous le nom de « lettres de recommandation » ils adressèrent aux villes la liste des candidats qui leur plaisaient, et les partisans de la cause orangiste transformèrent bientôt en « droit de recommandation » cet usage auquel la plupart des villes ne purent se résoudre à obéir. £n Gueldre même, le règlement de 1677 rencontrait une opposition toujours vive, parfois acharnée. Dans cette province plus que dans toute autre, la noblesse avait une part considérable au maniement des affaires publiques , et l'ordre équestre, malgré les efforts de quelques familles, entre lesquelles se distinguait celle des Capellen de Marsh, était fa-
vorable en principe aux mesures proposées par le Stathouder. Le parti patriote ne parvenant pas à triompher dans les États, s'était décidé à provoquer dans la bourgeoisie un mouvement, qui s'était traduit par l'envoi de nombreuses adresses. Ces adresses, recouvertes de milliers de signatures, avaient pour défenseur le baron de Capellen de Marsh, auquel son courage et son ardeur attiraient la haine des orangistes. On alla jusqu'à proposer de l'exclure de l'assemblée. Le Stathouder s'opposa à cette mesure. « Il faut rester tranquille » , dit-il, « parce qu'il n'y en a pas encore assez pour lui faire trancher la tête'. » Les États effrayés parle nombre et le ton des adresses qui leur étaient présentées, prirent une résolution, par laquelle ils supprimèrent la liberté de la presse et interdirent aux bourgeois d'adresser en corps des pétitions au souverain.
Il semble étrange de parler de la liberté de la presse en 1786. Beaucoup d'historiens font dater pour toute l'Europe toutes les libertés de la Révolution française; beaucoup de politiques prétendent qu'avant 89 la parole et la pensée étaient partout arrêtées et emprisonnées. C'est là, je crois, une erreur profonde. Il n'est pas plus vrai de dire que tous les hommes naissaient muets et sourds sous l'ancien régime, qu'il n'est exact de prétendre
> Le marquis de Vérac, 20 juin 1786.