CHAPITRE QUATRIÈME
qu'on pouvait tout écrire et tout imprimer en 1 793. La liberté parfaite n'est pas de ce monde, mais l'esclavage n'a pas toujours existé sur toute la terre. On peut douter que sous la Terreur on fïit plus heureux que sous Louis XYI, et dans les Pays-Bas, même avant la période révolutionnaire, les journalistes jouissaient d'un franc parler que n'eussent assurément pas dédaigné André Ghénier et Camille Desmoulins lui-^méme. Il suffit pour le prouver des quelques extraits déjà cités. Le Coi/rrier du Bas-Rhin continuait à attaquer avec la dernière violence la France et les patriotes, MM. de Vergennes et de Vérac n'étaient pour lui que des stathouders au service de Louis XYI. Ce n'était paSy on le pense bien , contre le Courrier du Bas* Rhin qu'étaient dirigés les édits des États de Gueldre. Ils furent reçus avec indignation. La petite ville d'Ëlburg alla jusqu'à refuser de les publier. Hattem, une autre bien petite ville, protesta avec éclat contre la nomination d'un échevin que le Statbouder voulait lui imposer. C'était un de ses gardes du corps qu'il désirait honorer d'une magistrature civile. « Les habitants, dit Vérac, ne virent dans celte nomination qu'un abus intolérable d'autorité et refusèrent de recevoir un pareil magistrat', n Le Statbouder se montra très* irrité de cette résistance. « J'ai été lundi à Loo et
1 Le marqub de Vérac, 5 septembre 1786*
j'en suis revenu hier matin » , écrivait sir James Harris ^ « Rien ne peut être plus aimable que l'accueil reçu par lady Harris et par moi. Les États de Gueldre devaient se rassembler le lendemain à Nimègues. Presque tous les membres étaient réunis à Loo. Le Stathouder s'est enfermé avec moi dès mon arrivée. Il m'a dit les mesures qu'il avait prises et celles qu'il conseillait aux États de Gueldre. Les idées générales du prince et de la princesse sont les mêmes, mais la princesse incline vers la Prusse, et le prince est entièrement et décidément Anglais. Dans un discours de près d'une heure, avec une grande précision d'idées et une mémoire remarquable, il m'a rappelé sa conduite depuis l'année 1778. Il a signalé les fautes qu'il avait commises. J'avoue que son ton , ses manières, son énergie m'ont donné des espérances que je n'aurais jamais osé concevoir. »
Les principes décidément anglais du Stathouder amenaient, on le voit, sir James Harris à juger moins sévèrement le prince envers lequel il s'était montré si dur. C'était par la force que le Stathouder voulait réduire Elburg et Hattem, après avoir fait déclarer par les États que ces deux villes avaient violé la Constitution. Dans ce but il avait eu soin d'éloigner de la Gueldre les régiments à la solde de la Hollande, et de les remplacer par
' Sir James Harris au marquis de Garmarthen, l^*" sept. 1786. DiarieSj II, 211. Lady Harris était fille de sir George Amyand.