‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 58 sur 167 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

d'autres troupes sur lesquelles il pouvait compter. « Ces nouvelles sont arrivées ici le dimanche 3 de ce mois » , écrivait de la Haye M. de Vérac, le 5 septembre 1786, « et y ont produit une impression très-vive. Les États de Hollande qui s'étaient ajournés pour jeudi prochain ont été rassemblés hier par une convocation extraordinaire'. » La séance des États fut longue et solennelle. Elle débuta par la lecture des pétitions en faveur des villes menacées; ce n'étaient pas seulement de nombreux habitants d'Amsterdam, Rotterdam et la Haye qui les avaient signées'. M. de Gapellen et cinq autres députés de la Gueldre s'adressaient euxmêmes aux États de Hollande « qui vu leur rang dans l'Union étaient intéressés plus que tout autre à maintenir la constitution de la République » . Gyslaer se leva alors et demanda, avant de commencer son discours, que Yacte d'indemnité fût lu publiquement. Cet acte voté en 1663, sur la proposition de Jean de Witt, n'était rappelé que dans les plus graves circonstances. « Il autorisait tout membre, s'il jugeait les États en danger, à tenir sur tout homme et toute mesure tel langage qu'il lui conviendrait, sans que sa personne, celle de ses enfants ou des membres de sa famille pût être punie dans le présent ou dans l'avenir, en raison

1 Le marquis de Vérac au comte de Vergennes.

^ Sir James Harris au marquis de Carmarthen. La Haye, 5 sept. 1786. Diaries, II, 226.

des paroles qu'il prononcerait. » La demande de Gyslaer ayant été adoptée, il rappela que tous les malheurs de la République pouvaient être attribués au stathouder Guillaume V. Après s'être étendu sur la conduite du prince lors de la guerre avec les Anglais, il fit allusion à la dernière lettre par laquelle il contestait aux États leur droit de souveraineté. Puis comparant les conciliabules de Loo à ceux qu'avait tenus deux cents ans auparavant le duc d'Albe, Gyslaer conclut ce discours que sir James Harris déclarait « le plus incendiaire qui eût jamais été prononcé devant les États' » , en proposant : P d'écrire aux États de Gueldre pour les engager à revenir sur leur décision, et leur déclarer que la Hollande ne pourrait se refuser à défendre la liberté publique menacée; 2"" d'adresser une lettre aux autres provinces pour leur demander de se joindre à la Hollande; 3"" de demander en termes énergiques à Guillaume Y quelle était son opinion et quelle conduite il entendait tenir*. Les deux premières propositions passèrent sans difficulté, la troisième qui obtint quinze voix rencontra l'opposition momentanée du corps équestre et de trois villes, parmi lesquelles Amsterdam. Elle fut votée le lendemain.

La réponse du Stathouder ne se fit pas longtemps attendre. Sans s'arrêter aux prières des députés de

» Diaries, II, 226. 2 Vérac, 5 sept. 1786.

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