‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 59 sur 167 · CHAPITRE QUATRIÈME. lOl · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME. lOl

l'Over-Yssel « qu*il reçut, dit Vérac, avec une grossièreté dont on ne se fait pas d'idées, en jurant et en leur donnant des épithètes dont je më garderai bien de salir le papier » , il donna l'ordre aux troupes de châtier les villes rebelles.

Sous les ordres du général Sprengelaer, les soldats stathoudériens se mirent en marche le mardi, vers les onze heures du matin, la cocarde orange à leurs chapeaux, aux cris de : «Vive Orange I Orange au-dessus ! Patriotes au-dessous ! » Les habitants d'Elburg ne se sentant pas assez forts pour résister se décidèrent a l'émigration. Les femmes, les enfants, les vieillards se mirent en marche sous la direction des hommes en état de porter les armes, et quittèrent leur ville natale, abandonnant leurs demeures et leurs biens à la colère de l'ennemi. Quand les troupes stathoudériennes parurent devant Elburg, elles le trouvèrent sans défense ; une compagnie d'infanterie s'empara sans lutte des maisons désertes, et occupa, au nom des États de Gueldre, une ville qui semblait morte'.

Les bourgeois d'Hattem voulurent tenter la résistance. Ils répondirent à l'envoyé du général Sprengelaer qui ne leur donnait que trois heures pour se rendre, qu'ils se défendraient jusqu'à la

1 Sir James Harris, 8 sept. 1786. Otaries^ II, 229. Le marquis de Vérac, 8 sept. 1786.

CiiLLABD, Décade, page 71.

dernière extrémité, et que plutôt que de se soumettre, ils mettraient eux-mêmes le feuà leur ville. L'attaque commença aussitôt. Les canons stathoudériens furent braqués sur la ville, qui répondit par la décharge de quelques petites pièces. La porte principale fut bientôt enfoncée, et le commandant des troupes orangistes donna l'ordre de lancer quelques obus. Les défenseurs d'Hattem, sentant l'inutilité de leurs efforts et d'une plus longue résistance, s'empressèrent de faire passer leurs familles dans la province d'Over-Yssel, 'dont ils n'étaient séparés que par un pont, et se déclarèrent prêts à capituler. La ville fut immédiatement livrée au pillage ; les quelques habitants qui n'avaient point voulu quitter leurs demeures furent violemment maltraités ; les maisons forcées et dévastées; les caisses publiques enlevées. Ce glorieux fait d'armes, qui n'avait coûté que quelques hommes,- exalta l'orgueil des orangistes, indigna les patriotes et la France.

Sir James Harris pouvait bien parler u de la grande humiliation imposée à la faction » , l'effet produitpar cette première tentative de guerre civile ne fut pas favorable à Guillaume Y. Les habitants d'Elburg et d'Hattem adressèrent aux États de Hollande une requête solennelle où, après avoir rappelé u qu'il serait difficile de trouver dans ce siècle parmi les nations policées, même en guerre » , un autre exemple de violences semblables à celles

Page 1