CHAPITRE QUATRIÈME
qu'ils avaient subies, ils concluaient en ces ter» mes : « Nous supplions Vos N. et 6. P. par le sang de vos pères et des nôtres, par les froides reliques des fondateurs de notre République, les vainqueurs de Philippe et du duc d'Albe, d'accourir à temps à notre secours, de prendre nous, nos épouses, nos enfants, nos possessions sous votre protection particulière, expresse et efficace. » Au reçu des nouvelles de Hollande, M. de Vergennes ne craignit pas d'écrire au marquis de Vérac : « Vous pouvez ajouter. Monsieur, que je n'hésite pas à regarder la démarche de M. le prince de Nassau comme une véritable rébellion, et que la conduite qui a été tenue aux États de Hollande me paraît être de la plus grande sagesse \ » Le jour même où les États avaient appris les événements d'Elburg et d'Hattem, ils avaient adressé au prince d'Orange une lettre pour lui déclarer que s'il ne « se désistait pas de ses mesures violentes, ils seraient forcés de le suspendre de toutes ses charges » . C'était la lutte définitivement engagée. Sir James Harris ne pouvait plus se plaindre de la lâcheté et de la mollesse des stathoudériens. La cour de Prusse ellemême, malgré ses déclarations pacifiques à Versailles, semblait disposée à une action décisive. Lord Darlymple, ministre d'Angleterre à Berlin, écrivait à son collègue de la Haye le récit d'une
> Vergennes à Vérac, 11 sept. 1786. Hollande^ 569, n» 61.
conversation qu'il avait eue avec le duc de Brunswick, non l'ancien tuteur de Guillaume Y, mais le brillant compagnon d'armes du grand Frédéric: « Il m'a parlé » , disait lord Darlymple, « des me* sures à prendre dans le cas où l'emploi de la force serait nécessaire. Il désire savoir si l'on pourrait susciter en Hollande une insurrection en faveur du prince. Si on le pouvait, il croit qu'un coup soudain et inattendu frappé de suite avec une petite force, ferait plus d'effet que si Ton attendait de former une nombreuse armée, en donnant le temps à la France et à la Hollande de se préparer à la résistance'. » Le comte de Goertz, envoyé à la Haye par le roi de Prusse, ne quittait guère sir James Harris : « Les intentions de la cour de Berlin sont devenues si alarmantes», écrivait Vérac, «que l'influence prussienne et l'influence anglaise sont mises sur la même ligne et excitent autant Tune que l'autre la crainte et la vigilance des patriotes*.» M. de Vergennes, en réponse à cette dépêche, recommandait à l'ambassadeur de France de se tenir sur la réserve vis-à-vis de M. de Goertz, et de lui déclarer « que le Roi croirait froisser la République en s'immisçant dans une querelle purement domestique, querelle, d'ailleurs, dans laquelle M. le prince de Nassau a des torts que rien ne sau-
* Lord Darlymple à sir James Harris, 2 sept. 1786. Dia" riesy II, 224.
2 Vérac, 12 sept. 1786.