CHAPITRE QUATRIÈME
rait justifier ni même affaiblir ^ » . Quelle que fût la réserve de M. de Vérac, il ne pouvait refuser de recevoir M. de Goertz, qui vint bientôt le trouver pour « se jeter dans des lieux communs et des déclamations vagues contre les États de Hollande et le parti républicain. J'ai reconnu dans tout ce qu'il m'a dit l'inspiration anglaise de stathoudérienne'» , ajoutait M. de Vérac. L'ambassadeur de France ne se trompait pas. Avant de venir le voir, comme après sa visite, M. de Goertz avait eu une conférence avec sir James Harris qui se hâtait d*en informer le cabinet britannique. « Le comte de Goertz m'a quitté pour aller chez l'ambassadeur de France » , écrivait-il, «et est revenu chez moi, le soir, pour me faire un récit de ce qui s'était passé entre eux. Il a parlé en termes très-clairs à M. de Vérac; il lui a dit qu'il était envoyé pour examiner avec calme et modération la conduite des patriotes vis-à-vis du prince d'Orange. M. de Vérac lui a répondu qu'il n'avait pas à lui donner d'autre réponse que celle qu'il venait de recevoir par le courrier : Que le roi de France ne voulait pas s'immiscer lui-même dans le gouvernement intérieur de la République, mais qu'étant devenu son allié, il était garant de sa liberté, de son indépendance et de sa constitution, aussi bien que de ses possessions. Le comte de Goertz lui a
> Vergennes k Vérac, 18 sept. 1786.
2 Vérac à Vergennes, 19 sept. 1786.
répliqué que ce langage impliquait plus qu'un refus, et qu'il craignait que sa première conférence avec Son Excellence ne fût la dernière. L'ambassadeur a répliqué qu'il espérait le contraire*, n Les rapports se tendaient, on le voit, même entre la France et la Prusse.
La question d'Elburg et d'Hattem n'était pas la seule qui amenât un profond désaccord entre le prince et les États de Hollande. Dans la province d'Utrecht, comme dans celle de Gueldre, les corps de bourgeoisie supportaient avec peine le règlement qui donnait ou Stathouder le droit de choisir les magistrats municipaux ; ils demandaient la réforme d'une mesure qui leur paraissait contraire à la liberté. Sous la direction d'un jeune jurisconsulte nommé Quint Ondaatje, les patriotes d'Utrecht saisissaient toutes les occasions de réclamer leurs anciens droits. Ils allèrent, un jour, jusqu'à se rassembler au nombre de cinq mille devant l'hôtel de ville d'Dtrecht. Ils étaient tous calmes et sans armes, mais déclarèrent qu'ils ne se sépareraient pas avant d'avoir obtenu ce qu'ils désiraient. Pendant treize heures, avec un flegme et une patience vraiment remarquables, ils restèrent sur la place, sans faire de bruit, sans causer le moindre désordre. Le Conseil d'Utrecht, ému de cette manifestation pacifique, consentit à accéder aux pro-
^ Sir James Harris au marquis de Carmarthen, 15 sept. 1786. Diaries^ II, 232.