CHAPITRE QUATRIÈME
positions de la bourgeoisie, mais sous la réserve que les États de la province devraient accepter la réforme. Les conseillers d'Utrecht étaient prudents, mais n'étaient pas très-loyaux. Ils cherchèrent bientôt à revenir sur leurs concessions. La bourgeoisie eut de nouveau une réunion publique ; elle créa un corps de commissaires chargés de défendre ses droits, auxquels elle délégua ses pouvoirs, et publia une déclaration par laquelle elle annonçait sa ferme intention d*abolir le règlement de 1674. Elle aUa plus loin encore. Le 7 août 1786, en présence d'un immense concours d'habitants et d'étrangers venus pour assistera un spectacle aussi curieux que nouveau, elle se forma en assemblée populaire sur la grande place de la ville, qu'occu*cupaient huit compagnies rangées en cercle. Les conseillers de la ville furent invités à pénétrer dans ce cercle et à adhérer au nouvel ordre de choses. Trente refusèrent, sept seulement acceptèrent les changements proposés. Par une décision solennelle, la bourgeoisie destitua les trente opposants, mais sans les priver des autres charges qu'ils occupaient, et installa en grande pompe le collège des commissaires destinés à protéger ses intérêts. Tous ces événements se passèrent dans le calme le plus profond.
Les États d'Utrecht ne virent pas d'un œil indifférent cette révolution pacifique. Composés de trois ordres : Tun représentant la noblesse, l'autre
le clergé et le troisième les villes ; ils ne s'opposaient que rarement aux prétentions du Stathouder. « Je crois » , écrivait sir James Harris, le 1 2 septembre, « que la conférence entre les États de Gueldre et ceux d'Utrecht se terminera par la résolution d'attaquer sans perdre de temps la ville d'Utrecht. La conduite des corps francs témoigne d'autant de crainte que de désir de se défendre. Ils ont détruit tous les ponts^ sauf deux, et se sont réunis au nombre de huit millet'» Ces corps francs dont parle sir James Harris étaient une sorte d'armée volontaire recrutée parmi les patriotes et soutenue par eux. Les orangistes s'étaient efforcés sans grand succès de copier cette organisation. « La France et la faction se livrent à un travail incessant dans les Provinces » , continue sir James Harris, « l'Over-Yssel et Groningue sont perdues pour nous, je le crains. La France a prodigué l'argent à pleines mains. Elle a dépensé plus de trois millions de livres dans les trois dernières semaines. » On eût, sans doute, un peu étonné M. de Galonné, contrôleur des finances, en lui disant que le Trésor était assez riche pour verser aussi souvent d'aussi fortes sommes aux fonds secrets. Sir James Harris ignorait peut-être que les patriotes, en dehors de l'organisation des corps francs, avaient imaginé une souscription destinée à rem-
> Sir James Harris au marquis de Carmarthen, 12 sept. 1786. Dîariesy II, 201.