CHAPITRE QUATRIÈME
La Zélande elle-même, sur laquelle il avait fondé tant d'espérances, semblait hésiter et paraissait favorable à la France. C'était toujours à de nombreux louis d*or distribués à propos^ que le ministre d'Angleterre attribuait ce changement. En Hollande, malgré une lettre du Stathouder, » pleine de dignité et de bon sens» , d'après sir James Harris, où il se déclarait prêt à obéir aux ordres des États-Généraux, mais déclinait toute responsabilité quant à la défense de frontières dépourvues de troupes, les États avaient maintenu leur première décision. « G 'est la troisième fois depuis dix jours » , déclare sir James Harris, « que les patriotes doivent leur triomphe, non à la supériorité de leur talent, mais à la faiblesse et à la timidité de leurs adversaires * . »
a Le parti républicain, malgré l'obstacle qu'il s'occupe à surmonter, n'est pas loin d'atteindre le but qu'il s'est proposé * » , écrivait de son côté M. de Vérac au comte de Vergennes. Le vendredi 27 septembre, les États de Hollande donnaient raison à l'ambassadeur de France, « en suspendant provisionnellement M. le prince de Nassau de ses fonctions de capitaine général de la Province. Cette résolution a passé à la majorité de seize voix contre deux. » La ville d'Amsterdam,
^ Sir James Harris au marquis de Garmarthen, 19 sept. 1786. Diaries^ II, 236.
8 Vérac, 12 sept. 1786.
bien revenue de ses velléités stathoudëriennes, alla jusqu'à proposer de déclarer cette mesure prise
ce pour les attentats sans exemple et pour le détestable emploi que le Stathouder fait des troupes ^ » . Cette rédaction ne fut pas adoptée.
(c Dimanche a eu lieu chez l'ambassadeur de France une réunion des chefs du parti» , disait sir James Harris, dans sa dépêche du 26 septembre.
« J'ai toute raison de croire qu'ils ont l'intention de déclarer le Stathouder ennemi de la République, et non-seulement de le priver de sa haute fonc* tion, mais encore de déclarer qu'elle n'est plus héréditaire dans sa famille'. » Sir James Harris ajoutait que M. de la Goste, gendre du marquis de Yérac, et secrétaire de l'ambassade, n*avait pas craint de « tenir à peu prè3 ce langage au comte deGoertz, à la grande indignation de celui-ci. Loin de chercher à déguiser les intentions de la France ou à modifier ses expressions, M. de la Goste semble avoir choisi celles qu'il savait devoir offenser le ministre de Prusse. Il a appelé le prince d'Orange, M. de Nassau ; il a dit que le stathoudérat héréditaire était trop nouveau pour avoir acquis une sanction constitutionnelle, qu'il n'avait jamais eu l'approbation de toute la République, et que, créé par une révolution, il pouvait être détruit par une révolution. Le comte de Goertz a été justement
1 Vérac, 20 sept. 1786.
^ Sir James Harris au marquis de Garmarthen. DiarieSy II, 238.