‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 65 sur 167 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

irrité de ce langage inconvenant. » M. de la Goste allait peut-être un peu loin dans l'ardeur de ses sentiments patriotes; M. de Goertz dépassait certainement la mesure en appelant la résolution des États « une insulte faite à son maître ». — « Il prend le ton absolument comminatoire » , écrit Yérac à M. de YergenneSy « fait disséminer le bruit de cent mille Prussiens prêts à fondre sur la République et persévère dans ses liaisons exclusives avec M. Harris^ » L'intimité absolue des ministres de Prusse et d'Angleterre était trop grande , aux yeux mêmes du marquis de Garmarthen. L'élégant Garmarthen, ainsi que l'appelait Wilberforce, n'avait guère le goût des aventures. « G'est un homme aimable et modeste» , remarquait le ministre d'Amérique , John Adàms, « fort poli avec tout le monde et fort estimé par les ministres étrangers autant que par sa nation, maisce n'est pas un ministreentreprenant'.» (c Quelque ardeur qu'apporte le comte de Goertz à amener une alliance plus intime entre les deux cours » , écrivait lord Garmarthen, « il est, quant à présent, impossible de nous jeter dans un engagement d'où pourraient résulter pour ce pays les circonstances les plus embarrassantes. Pour ce qui regarde le Stalhouder, je ne vois pas moyen de le servir auprès des Provinces, alors que ceux sur le concours desquels il pouvait compter semblent

1 Le marquis de Vérac, 26 sept. 1786.

2 Stârhopb, Fie de Pitt^ 1, 319.

avoir adopté cette lâcheté et cette faiblesse que si souvent ils ont condamnées en lui. C'est à la France de décider si la maison d'Orange doit être sacrifiée, plus encore pour plaire à la vengeance que pour contribuer à la sécurité de persécuteurs, qui doivent toute leur puissance à la cour de Versailles. Quelque intérêt que le Roi porte à l'indépendance et au bien réel de la République, il ne peut risquer de se compromettre par des mesures qui pourraient conduire à une guerre immédiate ' . » En répondant à son supérieur hiérarchique, sir James Harris avait bien soin de se défendre contre l'accusation d'une trop grande intimité avec M. de Goertz : « Je crois que la fin lui prouvera que je n'ai pas été sa dupe, et mieux que le vieux Danois en parlant à la mer, je puis lui dire : Tu iras jusque-là, et pas plus loin ^. »

Ce n'est pas seulement dans le caractère conciliant du marquis de Garmarthen qu'il faut chercher la raison du langage modéré de la cour de Saint- James. Le jour même où l'aimable ministre de George III adressait à sir James Harris des conseils de prudence, le traité de commerce, depuis longtemps négocié par M. Pitt, était signé par M. £den et M. de Rayneval, plénipotentiaires de la France et de l'Angleterre. C'était un succès

* Le marquis de Garmartlien à sir James Harris* 'Whitehall, 26 sept. «786. Diaries^ II, 239.

^ Sir James Harris, 3 octobre 1786. Diaries, II, 240*

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