‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 66 sur 167 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

réel pour le grand homme d'État qui dirigeait les affaires de F Angleterre; il en reçut la nouvelle avec une vraie joie, bien qu'il fût profondément attristé par la mort toute récente de sa sœur lady Harriot^ Ce traité de commerce, qui resta en vigueur pendant douze ans, avait pour but d'abolir, dans la mesure possible, la prohibition et les droits prohibitifs. Il fut violemment attaqué par les partisans de la protection en France et en Angleterre. Tandis que les négociants de Normandie et de Picardie se déclaraient trahis par le gouvernement et accusaient le ministre du Roi d'avoir tout cédé à l'Angleterre, M. Pitt était dans son pays l'objet de récriminations ardentes et acharnées. Les pamphlétaires anglais accusaient le fils de lord Chatham de mentir à son origine et d'abandonner la cause que son père avait si éloquemment défendue. « Ce qui fait la gloire de lord Chatham^, c'est la résistance qu'il a opposée aux forces réunies de la maison de Bourbon. Le ministre actuel a choisi une autre route pour marcher à la renommée, et la France, objet de toute l'hostilité politique de lord Chatham, est la gens amicissima de son fils. » Fox allait plus loin encore : « Non-seulement je douté des bons sentiments de la France à notre égard^ mais je n'y crois pas. La France est naturellement l'ennemie politique de la Grande-Bretagne. » A

> Stanhopb, Vie de Pitt^ I, 324.

^ Pamphlet de Pbiiip Francis*

toutes les attaques inspirées par les haines de parti, M. Pitt opposait le langage de la raison saine et sérieuse : « Je n'hésite pas à m'élever contre cette opinion trop souvent exprimée que la France est et doit rester l'ennemie irréconciliable de la Grande- Bretagne. Mon esprit se refuse à cette assertion comme à quelque chose de monstrueux et d'impossible. C'est une faiblesse et un enfantillage de supposer qu'une nation puisse être à jamais l'ennemie d'une autre. » Langage remarquable assurément et bien digne du grand orateur qui l'employait. En présence de telles paroles, Macaulay a raison de s'étonner de l'injustice des historiens français re. présentant M. Pitt comme un second Annibal, voué sur les genoux de son père à une haine éternelle pour la France. M. de Vieil-Castel n'est pas tombé dans cette erreur. Dans un livre publié il y a quarante ans, il a soin d'indiquer ce iàit étrange : Pitt défendant avec conviction l'alliance française que Fox condamne avec àpreté. On eût quelque peu étonné, en 1792, les révolutionnaires français, en leur apprenant que leur grand adversaire avait été jadis plus favorable à la France que leur éloquent défenseur.

Le prince d'Orange, qui n'avait pas les mêmes motifs que le gouvernement anglais pour désirer rester en bons rapports avec la cour de Versailles, et qui comptait chaque jour davantage sur l'appui de son beau-frère, protesta, dans une lettre quelque

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