CHAPITRE QUATRIÈME
peu déclamatoire 9 contre la mesure prise à son égard par les États de Hollande. Après avoir déclaré qu'il n'avait jamais rien fait qui pût lui enlever leur confiance, il croyait devoir ajouter : « Nous pouvons témoigner devant Dieu et devant Y. N. et G. P., devant tout le peuple des Pays-Bas, devant tout l'univers, que nous avons une conscience nette » sur ce sujet. Le Stathouder avait beau protester, l'efFet produit par son langage n'était pas très-considérable; et sir James Harris, qui voulait à tout prix « engager la France et la Prusse dans une lutte à main armée ^ » , était forcé de reconnaître que les moyens employés pur les adversaires de Guillaume Y a pour rendre la Hollande maîtresse de la République et la France souveraine en Hollande semblaient leur donner toute chance de succès» . Le rhingrave de Salm, aidé d'officiers français sans nombre, mettait les fortifications d'Utrecht en état de défense régulière. Ils avaient déjà élevé une forte batterie du côté de la Gueldre. « Pendant que sir James Harris observait avec tant de soins les préparatifs militaires de la Hollande, M. de Yergennes déclarait au marquis de Yérac que la conduite de M. le comte de Goertz, diamétralement opposée au plan qui avait été communiqué par la cour de Berlin, était étrange , et exposait tellement la considération du roi de Prusse, que
> Sir James Harris au marquis de Garmartben, 3 octobre 1786. DiarieSy II, 210.
ron ne saurait se persuader qu'elle eût Tapprobatien de ce monarque ^ » Il revenait quelques jours plus tard sur le même sujet : « Vous pourrez, Monsieur, faire aux principaux des patriotes une lecture confidentielle de la réponse de la cour de Berlin, mais vous ne leur en remettrez ni copie ni extrait, et vous exigerez d'eux le secret le plus absolu sur cette communication... Nous désirons que notre langage à Berlin soit en tout conforme à leurs vues, et que les propositions d'accommodement que nous pourrons faire n'éprouvent pas de contradictions de leur part*. » La réponse de la cour de Berlin était assurément moins comminatoire que le ton de M. de Goertz : « Sa Majesté est très-éloignée de vouloir traverser le moins du monde le système et les liaisons établis entre la cour de France et la République des Provinces- Unies. Elle prie Sa Majesté Très-Chrétienne d'être très-persuadée qu'elle n'a d'autre but dans les démarches qu'elle a faites que le rétablissement de la tranquillité de l'État et le maintien du Stathoudérat dans ses parties les plus essentielles. » Sir James Harris, qui, de son poste de la Haye, suivait avec une grande finesse d'observation toutes les fluctuations du baromètre politique à Berlin, s'était bien vite rendu compte d'un temps d'arrêt dans le progrès des idées stathoudériennes à la cour
' Vergennes, 29 sept. 1786.
^ Vergennes, Fontainebleau, 15 oct. 1786.