CHAPITRE QUATRIÈME
de Prusse. « Le parti français à Berlin dépasse le parti contraire en talent et en habileté » , écrivait-il à lord Garmarthen. « Je ne veux pas dire que le comte Finck ne soit très-inférieur à M. de Hertzberg, ou que le duc de Brunswick ne soit au moins l'égal du prince Henri, mais nous n'avons pour nous ni MollendorfFy ni Kniphausen, ni Schullenberg, ni beaucoup d'autres qui, sans être des chefs, font partie de Tétat-major du clan français'. » Il ajoutait bientôt : « Soit quelque division dans le cabinet prussien, soit quelque hésitation dans l'esprit de Sa Majesté Prussienne ont complètement empêché la mission du comte de Goertz de réussir. » La cour de Berlin est plus préoccupée de sauver sa dignité que de ressentir les outrages faits au Stathouder. Le comte de Goertz a affecté d'être très-mécontent et triste de ce manque de fermeté. Le roi de Prusse lui a écrit de Breslau le 12 octobre : « J'approuve vos efforts pour établir sur des conditions raisonnables et supportables un accommodement en faveur de ma sœur, mais je ne puis ni ne dois rien entreprendre qui puisse troubler la paix de mon royaume. » M. de Hertzberg, chef du parti antifrançais à Berlin, disait lui-même au comte de Goertz : « On dit, monsieur le comte, que vous négligez l'ambassadeur de France et le Grand Pensionnaire, et ne vivez qu'avec le ministre d'An-
^ Sir James Harris au marquis de Garmarthen, 10 octobre 1786. Otaries^ lï, 243.
gleterre et le parti anglais. Le Roi est persuadé que ce n'est qu'un bruit suscité par vos ennemis '. » Et pour ajouter à toutes ces observations, pour ne pas dire tous ces reproches, Frédéric-Guillaume, à son retour de Silésie, réprimandait, en termes très* roides et sévères, son ministre à la Haye d'avoir employé des expressions plus fortes que ses instructions ne Ty autorisaient.
« Le triomphe du parti français est complet » , écrit à ce moment sir James Harris au marquis de Garmarthen, «et le caractère de ses membres ne les portera pas à en jouir avec modération et toIé* rance. » En s'adressant à M. de Kinckel, l'un des principaux agents du parti orangiste en Zélande, le ministre d'Angleterre n'est guère plus encourageant : M La mission prussienne fausse dans son principe sera funeste dans ses effets. Le roi de Prusse préfère sacrifier en entier les intérêts de ce pays-ci, que de risquer une partie des siens propres. La France l'intimide et le bercé tour à tour... Je vois de l'incertitude et de la crainte à Loo. On ne veut ni accepter, ni rejeter un accommodement ; on cherche de toucher la France et le clier frère^ de parler avec sensibilité, mot qui n'existe à Paris que dans les romans et dans les bouches de femmes qui veulent dire tout autre chose*. » Après avoir
* Sir James Harris, DiarîeSy II, 245.
^ Sir James à M. de Kinckel, 25 octobre 1786.
Mémoires du baron de Kinckel, page 108.