‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 73 sur 167 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

OU intelligente. » M. d'Esterno, ministre de France à Berlin, bien qu'il fut sur les lieux, n'eut connaissance de la conclusion de ce traité qu'après sir James Harris : « Elle est âgée de vingt ans et sans beauté » , annonçait-il quelques semaines plus tard à M. de Yergennes. «^Le roi de Prusse, pour commencer, lui a donné deux millions en billets au porteur, portant intérêt au denier vingt. » Quel est, dira-t-on peutêtre, l'intérêt politique de cette idylle un peu prosaïque? Sir James Harris connaissait trop bien l'état des partis à Berlin pour ne pas se hâter de l'indiquer. Mademoiselle de Voss était nièce du comte de Finck, ministre du Roi, et chef avec le prince Henri du clan française Berlin. « Elle peut relever son influence chancelante. » Le ministre d'Angleterre ne se trompait pas. L'effet de cette feveur nouvelle ne se fit pas longtemps attendre. Les bontés du Roi accablèrent toute la race habile et prudente des Finck. Un des gendres du comte fut même élevé au poste de ministre d'État. «M. le comte de Finck disait à cette occasion qu'il bénissait la Providence des grâces qui tombent dans sa famille» , raconteM.d'Esterno à Yergennes', «mais vous voyez, monsieur le comte, les voies immédiates de ces grâces. » Le valet de chambre français de Fré-

> Le comte d'Estemo, 20 janvier 1787. (Prusse, 1787, sept premiers mois, 247.) Mirabeau se gardait bien de faire connaître ce qu'il savait à M. d'Ësterno, et les rapports n'étaient point fort aimables entre le ministre de France et l'agent secret.

dëric-Guillaume résumait en ces termes son opinion sur son maître : «C'est un garçon-roi, nous pouvons ravoir quand nous voulons, mais nous ne pouvons avoir la Hollande qu'à présent. » La cour de Versailles n'était pour rien dans cette afiaire, mais ses adversaires n'en furent pas moins affaiblis. Les amis du Statbouder hésitèrent à prendre sa défense ; M. de Hertzberg lui-même soutint avec moins d'ardeur les intérêts de TAngleterre et ceux de la princesse d'Orange, a Le dernier roi avait la sagesse deSalomon, celui-ci semble disposé à n'en avoir que les concubines » , écrivait dans un moment d'humeur sir James Harris, qui terminait par ces observations curieuses une intéressante dépêche sur les intrigues de la cour prussienne : » Une madame de Pompadour ou même une madame du Barry ne diminuera jamais effectivement la grandeur de la monarchie française, établie sur un fondement trop solide pour être ébranlé par les folies de la cour. A Potsdam, le cas est différent^. »

M. de Yergennes, un peu inquiet de l'insufBsance du marquis de Yérac, eut recours, pour rétablir la tranquillité dans les Provinces-Unies et pour négocier avec M. de Goertz, à un agent sinon plus adroit, tout au moins plus scrupuleux que mademoiselle de Yoss. Non pas que M. de Rayneval, qu'il chargea de cette mission, fût un puritain

1 Sir James Harris au marquis de Carmarthen. La Haye, 21 novembre 1786. Diaries, II, 248.

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