CHAPITRE CINQUIÈME
OU un (prand esprit. C'était un vétéran des af&ires étrangères qui devait fonder une famille de diplomates. Après avoir s^rvi dans les légations et les consulats, il était devenu, en 1774, premier commis aux afiFaires étrangères.
On ne saurait trop faire Téloge de ces employés supérieurs qui, sans beaucoup faire parler d*eux, sans beaucoup prétendre à la gloire ni même aux honneurs, maintenaient dans leur administration le vieil esprit de la politique française et dirigeaient souvent les affaires, sous le nom d*un ministre qu'absorbaient d'autres devoirs. M. de Rayneval, conseiller d'État depuis 1783, jouissait au ministère d'une vraie réputation. Yergennes faisait souvent appel à son expérience et se trouvait bien de ses conseils. Jefferson, alors agent des États-Unis à Paris, était plus sévère pour le premier commis « qu'il déclarait plus rusé que sage » . « Ses vues ne sont ni grandes, ni libérales, continuait-il, il se gouverne grâce à des principes appris par cœur et n'a d'habileté que pour les détails d'exécution. Son cœur est susceptible de petites, mais non de bonnes passions. Il a beaucoup de duplicité et n'est aimé par personnel » Peut-être Jefferson se fùt-il montré plusindulgentsi Rayneval n'eùtsouvent répondu par des refus aux demandes persistantes des Américains.
* Jefferson* s works, II, 109.
La tâche de TenToyé de M. de Vergennes n'était pas facile. Il fallait que, sans froisser M. de Yërac, il entrât en relations directes avec les chefs du parti républicain, qu'il se mtt en rapport avec le Stathouder sans inquiéter les patriotes, et qu'il négociât avec M. de Goertz sans éveiller l'attention de sir James Harris. 11 fallait surtout qu'il parvint à assurer l'existence de cette République des Pays- Bas qui devait, aux yeux de Vergennes, être les États-Unis d'Europe.
Le ministre intelligent et modéré qui avait soutenu avec fermeté contre la puissance britannique la cause des colonies révoltées voulait, dans l'ancien monde comme dans le nouveau, opposer à TAngleterre une République riche et prospère, amie de la France et son alliée naturelle. Ce n*était pas là une entreprise sans grandeur, mais il manquait aux Pays-Bas un général Washington. Le rhingrave de Salm, malgré ses allures d'inspiré et sa confiance dans son propre génie, n'avait ni le courage, ni les talents nécessaires. M. de Lafayette, qui eut bien voulu jouer en Hollande le rôle de restaurateur de l'indépendance menacée, ne manquait ni de courage, ni de talents, mais il était avant tout dominé «par cette faim canine pour la renommée et la popularité « que lui reproche Jefferson, et les circonstances ne lui permirent pas d'entreprendre une tâche qu'il n'était pas de force à accomplir.