‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 75 sur 167 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

« La mission de M. de Rayneval ne présente aucun caractère qui puisseblesservotredélicatesse» , avait bien soin d'écrire M. de Vergennes à Vérac. « C'est à TOUS, Monsieur le marquis, qu'il est adressé, et c'est par vous qu'il doit être introduit, non-seulement auprès des chefs des patriotes, mais encore auprès des personnages influents, même du parti opposé*, » Sir James Harris n'apprit pas sans inquiétude l'arrivée de ce nouvel antagoniste. Il s'était déjà trouvé en rapports personnels avec M. de Rayneval, il le savait « trop versé dans la pratique des affaires pour se laisser surprendre, trop au courant des intérêts de sa cour pour manquer à leur objet, trop calme et trop peu passionné pour que la flatterie pût agir sur lui. « C'est assurément un adversaire plus estimable que ceux auxquels j'ai eu affaire jusqu'ici, mais infiniment plus dangereux* » , écrivait encore le ministre d'Angleterre au marquis de Carmarthen qui lui recommandait d'observer la conduite de l'envoyé français et de chercher à découvrir les instructions qu'il avait reçues. Sir James Harris ajoutait : u Si je puis susciter dans les provinces un esprit d'opposition, si j'ai les moyens de le maintenir, je puis encore peut-être arrêter et retarder les opérations françaises; sinon je ne vois rien qui puisse empêcher le succès complet de leurs vues qui, comme le re-

1 Vergennes k Vérac, Versailles, 13 sept. 1786.

2 Sir James Harris, 21 novembre 1786. Diaries, 11^ 249.

marque très-justement Votre Seigneurie, sont dirir gées contre l'Angleterre', d Quelques jours plus tard, sir James Harris profitait d'une maladie de lord Garmarthen, pour adresser à M. Pitt lui-même ses observations sur la question hollandaise. « Par une série d'intrigues, par d*adroites manœuvres, par l'heureux concours des événements, les Français ont porté leur influence ici au plus haut degré; le moment est venu, sans doute, où ils vont la fixer en introduisant dans la République une nouvelle forme de gouvernement. Si je demeure ici en état di inaction politique, privé des moyens de soutenir efficacement le plan adopté par les amis de l'ancien système, ils se disperseront, chacun faisant le meilleur arrangement possible pour ne pas devenir victime de l'animosité de ses adversaires. Il me semble que la France fait partout de si formidables enjambées, que son influence devient si grande dans toutes les cours de l'Europe, même dans celles où jusqu'à présent nous avions tout à dire, que nous ne pouvons être trop actifs dans notre opposition contre elle^, »

Que les détracteurs de M. de Yergennes et de la politique de la vieille monarchie veuillent bien relire cette phrase de sir James Harris. M. Pitt lui répondit de Downing Street, le 5 décembre : « Tout concours

1 Sir James Harris^ 28 novembre 1786. Diaries, II, 250. * Sir James Harris à M. Pitt^28 novembre 1786. DiariéSy II,

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