‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 76 sur 167 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

de notre part trop ouvertement ou activement avoué compromettrait sans utilité l'honneur de TAngleterre, et pourrait peut-être amener une crise dont l'issue serait, soit une guerre, soit une situation plus désespérée encore pour la République, et surtout pour nos amis'. » Un tel langage n'était pas fait pour plaire à l'homme qui écrivait : « Dix -huit années d'expérience m'ont appris à admettre dans toute sa force une vérité que John Bull suce avec le lait de sa mère. La France est notre ennemie naturelle, elle le restera tant que l'envie et la jalousie seront des attributs inséparables de l'esprit humain. » Dans sa correspondance avec les orangistes, sir James Harris n'hésitait pas à se plaindre de ses chefs politiques : « On est convaincu de la vérité de ce que je dis, on convient sans difficulté de la très-grande importance de l'objet, mais un mélange d'économie et de peur les retient. Enfin, vous les connaissez et vous me connaissez. M. de Goertz, après avoir engueusé le bon parti et s'être laissé dire les choses les plus déshonorantes par les patriotes, plie dans ce moment le genou à la France et se jette corps perdu aux pieds du sieur Rayneval^. » Sir James Harris assombrissait un

1 M. Pitt k sir James Harris. Dîariety II, 254.

' Sir James Harris au baron de Rinckel. Dimanche à midi^ 26 novembre. (En Français.) Mémoires du baron Rinckel^ 109. Les Mémoires de M. Rinckel ont été publiés par M. de Jonge^ avec une introduction intéressante. Henri- Auguste baron de Rinckel fut un des agents les plut actifii et les plus intelligents du

I3i UNE INVASION PRUSSIENNE EN HOLLANDE.

peu le tableau de sa propre situation. La besogne de M. de Rayneval n'était pas si simple qu'il voulait bien le dire. Ce n'est pas qu'en arrivant à la Haye l'envoyé français ne fût très-convaincu qu'il pourrait conclure un arrangement, « obtenir des modifications et en faire admettre par le Stathouder' » . M. de Vergennes n'écrivait-il pas que la cour de Berlin sentait la nécessité d'abandonner le «système menaçant qu'elle avait adopté un peu légèrement* »? La conférence du comte de Goertz avec les chefs des patriotes n'en était-elle pas la preuve certaine? « Après une démarche aussi marquée, que l'on peut en quelque sorte regarder comme une palinodie, il doit paraître assez surprenant que l'on veuille attacher quelque valeur à des accents arrachés sans doute à la douleur de madame la princesse de Nassau. Quel que soit Tintérêt que le roi de Prusse puisse porter au bienêtre de sa sœur, il ne lui fera pas oublier celui qu'il se doit à lui-même et ne le portera pas à commencer une guerre, qui pourrait bien ne pas se concentrer en Hollande. » La première conférence de Rayneval avec les patriotes fut un peu agitée. Malgré les assurances de Vergennes, M. de Vérac

Stathouder. Tour à tour agent diplomatique et marin^ il devint en 1815^ envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire des Pays-Bas à la cour de Stuttgard.

1 Rayneval, 24 novembre 1786.

* Vergennes, 26 novembre 1786.

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