‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 77 sur 167 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

n'était pas très-satisfeit de se voir envoyer un surveillant ou un directeur. Les Pensionnaires, qui connaissaient leur empire sur l'ambassadeur de France, craignaient de ne pas avoir autant d'action sur le premier commis des affaires étrangères. Le rhingrave de Salm, enfin, ne tenait guère à sentir un observateur sagace pénétrer son ambition et deviner son désir de devenir le chef d'un parti nouveau, en s'appuyant sur les démocrates. M. de Rayneval s'efforça de rassurer tout le monde : « Je leur ai déclaré que la seule chose que le Roi désirait était qu'ils lui confiassent les moyens qu'ils jugeraient propres à pacifier la République, afin que Sa Majesté pût les apprécier en pleine connaissance de cause. M. Van Berkell me répondit que tout allait au mieux dans la République, et qu'il ne s'agissait que de laisser aller les choses pour qu'elles s'arrangeassent bientôt elles-mêmes. » M. de Rayneval trouvait le comte de Goertz moins roide que les républicains : a M. le comte de Goertz s'est montré on ne peut plus sensible à mon attention, et je lui dois la justice de dire qu'il s'est exprimé avec beaucoup de franchise et avec une disposition aussi conciliatoire que je pouvais le désirera » Quelques jours plus tard, Rayneval recevait à la Haye une lettre du comte d'Esterno, ministre de France à Berlin, qui lui donnait les assurances les

1 Rayneval. La Haye^ 29 novembre 1786.

plus formelles sur les bonnes dispositions du cabinet prussien : « Je regarde comme une chose certaine que le roi de Prusse ne fera pas la guerre, quelque traitement qu'ëprouvera son beau-frère. Depuis que le comte de Goertz est en Hollande, il peut fort bien ignorer que le crédit de son protecteur (M. de Herztberg) a perdu cent pour cent. Je sors de chez M. le comte de Finck; il m'a dit que le Roi son maître avait prévenu les désirs de la France, en écrivantdeuxFoisà son beau-frère depuis que M. de Raynevalesten Hollande, pour Tengager à se prêter à tous les moyens possibles de conciliation. La princesse de Nassau doit savoir, m*a dit le ministre, qu'il ne marchera pas un régiment, pas même un soldat prussien pour cette affaire ^« Le jour même où M. d'Esterno envoyait à Rayneval ces nouvelles rassurantes, ce dernier lui écrivait : « Je n'ai que faire de vous dire, Monsieur le comte, combien vous ferez une chose agréable au Roi si vous pouvez faire agréer à Berlin les moyens de conciliation que nous sommes parvenus à établir.

1 M. d'Esterno à M. de Rayneval^ 5 décembre 1786. Six semaines auparavant^ le 18 octobre^ le duc de Brunswick avait dit à Mirabeau : « Cette Hollande fera tirer du canon. » Mira* beau répondait aux confidences du duc « par un sourire presque imperceptible et très-ironique » , baussant les épaules et disant : tt Monseigneur, ce n*est pas à vous qu'il est besoin de dire que ce que Louis XI V, Turenne, Condé, Luxembourg, Louvois, et deux cent mille Français, n'ont pas fait en Hollande, la Prusse, surveillée de l'Empereur, ne le fera pas dans ce même pays soutenu de la France, m

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