CHAPITRE CINQUIÈME
dame la princesse de Nassau se croit en devoir de consulter le Roi son frère. »
Les conseils donnés par la cour de Berlin ne pouvaient être que pacifiques, d*après M. d'Esterno. a Le roi de Prusse fera tout ce qui dépendra de lui pour faire souscrire M. le Stathouder aux conditions que vous exigez absolument. Le Roi est parfaitement content de la France en ce momentci, mais le grand mot : « Je suis content et je fais a des remercîments à la France » ne sera prononcé qu'après l'arrangement définitif. Les intentions sont très-bonnes, mais, pour donner du nerf, il faut en avoir ' . » Ce à quoi Rayneval répondait : « Il est nécessaire surtout qu'on ne perde pas à Nimègue un temps précieux à délibérer, à tergiverser et à marchander, car la mesure est bientôt à son comble, et si l'impatience ou plutôt la méfiance opère une explosion, il sera impossible d'en arrêter les effets*. »
Dans une dépêche adressée à M. de Yergennes, il allait encore plus loin : u Ce n'est pas au hasard. Monsieur, que je dis que Topiniàtreté de M. le Stathouder le conduirait à sa perte. Je sais que s'il se
> M. d'Esterno à M. de Rayneval. Berlin, 16 décembre 1786. Mirabeau écrivait presque à la même date : « Vous pouvez compter que trois nuances forment le caractère du I\oi : la fausseté qu'il croit habileté, un amour-propre irascible à la plus légère représentation^ le culte de l*or qui cher lui n*est pas tant avarice que passion de posséder, m
^ Rayneval, 23 décembre 1786.
refuse péremptoirement à un arrangement, le parti qui lui est opposé provoquera la suspension de toutes ses charges et de tous ses émoluments, et que, dans la Gueldre, il se formera une insurrection malgré la présence des troupes ^ » » Jamais les patriotes n'oublieront le sort de Barneveldt et des frères de Witt » , avait écrit Rayneval quelques jours auparavant. « J'ose insister sur cet article, parce qu*il intéresse la sûreté personnelle des chefs des patriotes, et que de leur sûreté dépend le maintien de notre système en Hollande. »
Par une conséquence facile à comprendre, sir James Harris se déclarait fort content de l'attitude de Guillaume Y. « La conduite du Stathouder est tout ce que ses amis peuvent désirer » , écrivait-il;
« ce serait lui faire injustice que de ne pas mentionner en y applaudissant son inteUigence, sa fermeté, son caractère dans ces circonstances critiques^. » Lord Garmartben déclarait presque en même temps avec plus de netteté que d'habitude
« qu'il n'avait, à dire le vrai, aucun doute sur la nécessité d'arrêter les Français coûte que coûte (sic). Si nous pouvions mener au gibet nos amis les Français, je mourrais content. Une insurrection à propos et éclatant juste au bon moment pourrait nous obliger à une conduite décidée vis-à-vis delà
1 Bayneval, 27 décembre 1786,
' Sir Jaraes Harris au marquis de Carmarthen, 22 décembre 1786. Diaries, H, 261.