CHAPITRE CINQUIÈME
Hollande. » Sir James Harris répondait à ces observations par une lettre assez triste sur l'action exercée par le cabinet de Berlin : « Des lettres de Clèves disent que Sa Majesté Prussienne a défendu au rédacteur de la Gazette de cette ville d'insérer aucun article injurieux pour la France. Elles ajoutent que l'influence du prince Henri grandit chaque jour à Berlin. Le comte de Mirabeau a été à Paris chargé d*une commission spéciale du prince Henri pour M. de Vergennes'.»
On n'a pas oublié que le Stathouder avait demandé le temps de réfléchir en recevant la communication incomplète des demandes de M. de Rayneval. La princesse elle-même, qui connaissait le texte intégral de ces propositions, avait déclaré vouloir prendre les conseils du Roi son Frère. Il eût mieux valu, pour le prince comme pour la princesse, que la réflexion fût plus longue, ou les avis de Frédéric-Guillaume plus précis. Ils eussent peutêtre hésité à envoyer la lettre que Wilhelmine de Prusse adressa, le 3 1 décembre, au comtede Goertz. Malgré des réticences assez maladroites et un assez grand abus des termes de droit, c'était un refus absolu de consentir à toute concession, si la charge de capitaine général n'était pas rendue au Stathouder. Le prince, s'il cédait sur ce point, se déclarerait coupable de torts qu'il n'avait pas commis.
^ Sir James Harris au marquis de Carmarthen, 29 décembre 1786. Diariesj II, 264.
Quant aux provinces à règlement, il n'avait fait qu'exécuter les ordres d'États souverains et n'en était responsable que vis-à-vis d'eux. « Ceci est une vérité qui ne peut être contestée de quiconque a les premières notions de la constitution de la République des Provinces-Unies, et je ne pense pas que M. de Rayneval la mette en doute'» , affirmait, non sans arrogance, la princesse d'Orange.
Ai-je besoin de dire la colère, Tindignation même de M. de Rayneval, en recevant communication de cette lettre dont il n'eut connaissance que le 3 janvier? Le 2, il avait écrit à M. d'Esterno : « Si la réponse du Stathouder est négative, ne fût-ce qu'implicitement, je romps et demande Tordre de me retirer, et alors négocie qui voudra. >» La réponse du Stathouder était décidément négative, et M. de Rayneval, rassemblant d'une plume hâtive ces réflexions sur ce sujet, débutait en ces termes: « Monseigneur, j'ai l'honneur de vous envoyer aujourd'hui une production bien étrange, et pour la forme et pour le fond. Un prince de Nassau qui a la morgue ou TimbécilUté de faire traiter ses affaires par sa femme, qui se refuse de la manière la plus indécente au conseil de son beau-frère, roi de Prusse, qui rejette les moyens de conciliation que lui a procurés le roi de France, tout cela me sem-
^ Copie de la lettre de madame la princesse stathouder à M. le comte de Goertz, 31 décembre 1786. Hollande, 570, no 14.