‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 82 sur 167 · CHAPITRE CINQUIÈME. U · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME. U

C'est avec bien de la répugnance que j'indique un expédient, qui fait différer mon retour à Versailles. »

Un homme d'esprit ne se décide que bien rarement à avouer que son esprit lui a été inutile. M. de Rayneval oubliait, sans doute, en écrivant ces lignes, que deux jours auparavant il avait menacé de rompre, quand même la réponse du Stathouder ne serait qu'implicitement négative. M. de Vergennes crut devoir lui rappeler que la France en avait assez fait pour Guillaume Y : « Quelque idée que je me fusse fait de l'opiniâtreté et de l'orgueil insensé du Stathouder, j'étais bien loin de celle que je ne puis me dispenser désormais d'en concevoir. Il faut que ce prince et tout ce qui l'entoure ait perdu le sens. Quel que soit l'événement pour le Stathouder, et, selon moi, il ne peut être qu'infiniment fâcheux, nous le verrons avec autant de tranquillité que d'indifférence. Je ne puis donc. Monsieur, entrer dans l'idée que vous me proposez, d'offrir à la cour de Berlin de prolonger votre séjour à la Haye. L'assemblée des notables, qui aura lieu à la fin de ce mois, devant ajouter à la somme de mes occupations, j'aurai besoin d'être aidé et soulagé'. » Dans une autre lettre aussi adressée à Rayneval et datée du même jour, Vergennes allait jusqu'à dire : « Au surplus. Monsieur,

' M. de Vergennes u M. de Rayneval^ 6 janvier 1787. Hollande, 571.

en quittant la Hollande, vous voudrez bien assurer les patriotes de toute Testime du Roi, des vœux qu'il fait pour que leur cause triomphe, parce qu'il la regarde comme inséparable du bien-étre de leur patrie. »

La dépêche du ministre était trop nette pour que M. de Rayneval pût hésiter. Le 12 janvier, sir James Harris annonçait à lord Carmarthen le prochain départ de l'envoyé français : « Ses domestiques préparent tout pour mardi prochain ; je suis porté à croire qu'on ne fera rien contre le Stathouder tant que M. de Rayneval n'aura pas quitté le pays. Votre Seigneurie peut se rappeler qu'an moment de son arrivée on lui a offert un riche service de vaisselle. On m'assure qu'un présent d'une égale valeur lui sera offert lors de son départ. » Le 16, sir James Harris ajoutait : « LeStathouder a répondu aux dernières ouvertures de M. de Rayneval en lui déclarant que ni ses devoirs envers son pays, ni ceux envers sa famille, ni ce qu'il devait à son honneur ne lui permettait de consentir à aucune concession, tant que sa suspension comme capitaine général ne serait pas rapportée'. »

M. de Rayneval était reparti de la Haye bien convaincu que l'accord était impossible avec Guillaume V. Après avoir passé quelques jours dans la province d'Utrecht pour y fortifier par sa présence

1 Sir James Harris au marquis de Carmarthen, 12 et 16 janvier 1787. Diaries, II, 270 et 271.

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