CHAPITRE CINQUIÈME
seraient, au besoin, la paye des compagnies tant qu'elles se trouveraient sur le territoire d'une autre province. On saisirait « toutes les occasions de rétablir les États de provinces à règlement dans leur ancienne indépendance, pour qu'ils deviennent des membres utiles de la confédération et des soutiens de la province de Hollande, dans les délibérations de la pins grande importance tant pour la République que pour ses alliés' ». Rayneval avait raison de dire que ce plan était plus sage et plus modéré qu'on n'aurait pu l'espérer. Les patriotes semblaient vouloir profiter avec calme d'un succès chaque jour plus probable. Mais les réflexions vraies et les démarches prudentes ne suffisent pas pour faire de grands politiques. Frédéric le Grand écrivait jadis à son frère le prince Henri : « La fortune m'est revenue ; envoyez-moi les meilleurs ciseaux que vous pourrez trouver pour que je lui coupe les ailes. » Les patriotes ne surent pas user d'un moyen aussi énergique.
Quelle avait été cependant l'impression produite à Londres et à Berlin par la réponse de la princesse? Le 31 décembre, sir James Harris avait reçu une lettre sinon écrite, tout au moins inspirée par Wilhelmine de Prusse elle-même : « Nos nouvelles finales de Berlin sont arrivées. On conseille des accommodements, on craint des guerres civiles et
* Note remise à M. de Rayneval à la Haye, le 13 janvier 1787. Hollande, 571.
encore davantage de se mêler de nos aftaires ; mais si Ton ne veut pas nous faire du bien, il faut espérer qu'on ne nous fera pas de mal. Nous restons fermes ici comme un roc; comptez que, quoiqu'il arrive, cette fermeté sera soutenue jusqu'au bout. Le prince aime mieux succomber avec honneur que de se maintenir avec ignominie'. » Le ministre d'Angleterre parvenait en même temps à se procurer la copie d'une lettre écrite par le comte de Goertz à son secrétaire : « Les instances et les représentations de la princesse auprès du Roi ne lui ont valu, de la part de son frère, que des conseils froids de céder aux circonstances, de faire les sacrifices inadmissibles qu'on demandait et de ne pas compter sur lui. Elle lui a déjà écrit et elle lui écrira encore demain (2"" janvier) que n'ayant à choisir qu'entre la perte de l'honneur, avec laquelle ces conditions étaient inséparables, et le danger de succomber peut-être, mais de succomber injustement, ni elle, ni le prince ne balanceraient pas de donner la préférence au dernier, et tout ce qui lui restait était de prier le Roi de faire finir au plus tôt toute négociation entre M. de Goertz, M. de Rayneval et M. de Tliulemever*. » Sir James Harris, en transmettant ce document h lord Garmarthen, ajoutait bientôt : « Rien ne me parait plus sérieux et plus inquiétant que les progrès immenses de
ï Diariesy II, 265.
2 Diariesy II, 266.