‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 85 sur 167 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Tinfluence française de tous côtés. Je suis sur que vous ne m'accuserez pas de manquer à mon devoir en appelant, tant que je le puis, l'attention du ministère sur ce point d'où dépend notre existence même. Je suis d'autant plus pressant que je vois çà et là une tendance à admettre la sincérité de la France, ou une inclination à croire que nous avons assez de finesse pour jouer les Français. La première hypothèse ne se réalisera jamais ; quant à la seconde, je mépriserais un Anglais qui voudrait maintenir la grandeur et la dignité de son pays par la ruse et l'artifice, en jouant au bilboquet mieux que les Français. J'applique toujours à l'Angleterre ces beaux vers de Virgile, qui, après avoir parlé de l'adresse supérieure et de la dextérité des Grecs, ajoute :

Tu regere imperio populos, Romane, mémento, Hsec libi erunt artes pacisque imponere morem, Parcere subjectis et debellare superbos ^. w

Dans sa réponse en date du 8 janvier, le marquis de Carmarthen faisait allusion aux divergences qui existaient dans le cabinet britannique au sujet des Pays-Bas : « En bon anglais, et pour parler la langue vulgaire, que diable dois-je faire? Vous savez que pour ce qui regarde la Hollande, je trouve que nous devons être prêts à tout événement, en gar-

' Sir James Harris au marquis de Carmarthen. La Haye, 3 janvier 1787. Diaries, II, 266.

dant toute la prudence et toutes les précautions imaginables, mais non pas jusqu'à tout sacrifier à la crainte d'une rupture avec la France et jusqu'à laisser la République devenir une de ses provinces. J'ai parlé de la Convocation des notables comme une preuve que la France n*est pas disposée aux extrémités; j'ai humblement exprimé l'avis que la meilleure manière de maintenir la tranquillité publique était d'empêcher la France de trouver un intérêt à la troublera » Malgré le langage de son ministre, le roi George III s'obstinait à ne pas vouloir d'un conflit avec la France.

A Berlin, la réponse de la princesse causa ou sembla causer une stupéfaction profonde. M. d'Esterno s'empressa d'aller voir le comte de Finck. Il lui demanda si les articles proposés par M. deRayneval à M. de Goertz n'avaient pas eu l'entière approbation du roi de Prusse. M. de Finck répondit par trois fois : « Oui, oui, oui, monsieur. » Et, comme le ministre de France insistait pour savoir si Frédéric-Guillaume ne ferait pas à son beaufrère la menace de l'abandonner, M. de Finck répliqua : « 11 y a bel âge que cette menace est prononcée, et que M. le prince d'Orange ne peut plus se faire d'illusion à cet égard, n M. de Finck ajouta qu'il avait soulevé de nouveau cette question devant le Roi sou maître, et que celui-ci lui avait ré-

* Le marquis de Carmarthen à sir James Harris. Hendon, 8 janvier 1787. Diaries, II, 267.

Page 1