‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 86 sur 167 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

pondu : « J'y ai fait l'impossible. » Le Roi avait été jusqu'à écrire de sa propre main, au bas d'une dépêche pour M. de Goertz : a Si le prince d'Orange continue à suivre la même marche, il se perdra indubitablement. » M.d'Ësternoneputs'empècher de remarquer que cela semblait certain, et que le prince de Nassau, suivant la même conduite que le duc de Brunswick, arriverait à se faire chasser comme lui. Son interlocuteur haussa les épaules en disant que cela était fort à appréhendera II n'était pas toujours facile au ministre de France de savoir la vérité entre tous les partis qui se disputaient la faveur du Roi. M. de Finck trouvait mauvais qu'il s'entretînt avec M. de Hertzberg; M. de Hertzberg, de son côté, restait fort sur le qui-vive quant aux égards qu'il se croyait dus. Mais le comte d'Esterno pouvait-il douter des dispositions de la cour de Berlin, quand le Roi lui-même, « le prenant en particulier chez la Reine, le priait de remercier le roi de France des soins que Sa Majesté voulait bien se donner pour pacifier la Hollande et faire obtenir des conditions modérées au Stathouder? » Frédéric-Guillaume ne cachait pas qu'il était fùché que le Stathouder ne répondît pas aux procédés du Roi, ni aux conseils que sa qualité de beau-frère l'avait engagé à lui donner. Devant une déclaration aussi nette, M. d'Esterno alla jusqu'à dire « que si

> M. d'Esterno à M. de RayDCval. Berlin^ 6 janvier 1787 Hollande, 571.

M. le prince de Nassau laissait partir M. de Goertz et M. de Rayneval sans avoir rien conclu », on ne pourrait plus trouver moyen de lui rendre quelques bons offices, en attendant la rigueur des délibérations qui seraient prises contre lui. Le roi de Prusse répondit qu'il en était persuadé'. Quelques jours plus tard, M. d'Esterno écrivait encore à Rayneval : « Je m'attendais. Monsieur, à la déraison de la petite cour de Nimègue, mais je ne peux absolument me rendre raison à moi-même de ce que le Stathouder n'a paru en rien et pour rien dans les négociations, pas même pour signer son nom. Est-il tout à fait fol, tout à fait imbécile, au point de ne pouvoir plus donner une signature? Cela ne serait pas indifférent à savoir, et j'avoue que je serais tenté de le croire. Le baron de Reede, ministre de Hollande en cette cour, qui entretient avec Nimègue une correspondance suivie, n'a jamais de lettres que de madame la princesse, et jamais une ligne du prince^. » Presque au même moment, Mirabeau écrivait de Berlin : « La princesse est très-laborieuse; elle chiffre, déchiffre elle-même et fait de sa main des réponses à tous les écrits du parti contraire^. »

Le prince d'Orange n'était ni tout à fait fou, ni

' M. d*Ësterno à M. de Bayneval. fierlin^ 9 janvier 1787. Hollande, 571.

» M. d'Estemo, 24 janvier 1787.

* Mirabeau^ 4 janvier 1787.

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