‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 87 sur 167 · CHAPITRE GIMQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE GIMQUIÈME

tout à fait imbécile y comme se ledemandait M. d'Esterno. Il restait très-entêté, très-orgueilleux, trèsjaloux de la supériorité de sa femme, bien qu'il se laissât souvent conduire par elle. Les plus fidèles amis de sa cause, ceux du moins qui n'étaient pas comme sir James Harris possédés avant tout parla haine de la France, commençaient à se fatiguer de servir un maître plus facile à défendre contre ses ennemis que contre lui-même. L'un de ses plus zélés partisans, le baron de Kinckel, remettait souvent à la princesse des mémoires bien rédigés, où il ne savait pas cacher toujours son peu d'admiration pour Guillaume V. Osa-t-il aller jusqu'à communiquer à la princesse les réflexions suivantes? C'est ce qu'il est difficile de vérifier : « Son Altesse prive une admirable princesse de la situation à laquelle sa naissance lui assurait les droits, et à laquelle ses grandes qualités lui donnent tant de titres. 11 prif e ses enfants, que tout le monde admire, de leur héritage. D'après ce lugubre tableau, ne serait-il pas permis de se donner les mains et de travailler pour lui et pour sa maison, même sans lui et contre lui s'il le faut ' ? »

Qu'eût dit sir James Harris s'il eût connu cet écrit d'un de ses plus ardents collaborateurs? lui qui accusait la France d'avoir formé le plan ténébreux de séparer ce que Dieu avait uni.

' Mémoires du baron de Kinckel, 120.

Faut-il admettre avec M. d'Esterno, dans une dépêche qui contredit un peu celle déjà citée, que la princesse y pour couper court à toute proposition de ce genre et pour éviter, de la part du Roi son frère, le nouveau conseil de suivre un parti qu'elle déclarait déshonorant pour tous deux, se décida à prendre sur elle-même tout l'odieux de leur obstination commune, afin d'enlever aux ennemis de sa maison toute espérance de la voir désunie'? Wilhelmine de Prusse était capable de ce généreux calcul; mais le cœur humain est complexe. La princesse ne voulait pas séparer ses intérétsde ceux du Stathouder, ni pourvoir au sort futur de son fils en consentant à l'interdiction de son mari. Elle n'était pas sans éprouver ce désir ardent du pouvoir qui saisit les âmes les plus généreuses. Très-persuadée de sa propre supériorité, très-attristée des qualités médiocres de Guillaume V, elle espérait soutenir, par son courage et sans le concours du prince, l'édifice chancelant de la maison d'Orange. « Le Roi n'a qu'un homme, c'est sa femme » , devait dire quelques années plus tard Mirabeau au comte de la Marck.

N'est-ce pas à ce goût secret pour l'autorité qu*il faut attribuer les ouvertures faites à Mirabeau lui* même par le baron de Reede, ministre à Berlin des Provinces-Unies? Le futur tribun, dominé par son

1 M. d'EsterDo à M. de Bayneyal. Berlin^ 13 janvier 1787»

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