CHAPITRE CINQUIÈME
« L*envoyé de HoUaade m'a jeté dans un grand ^tonnement et dans un embarras qui n'est pas moindre » , écrivait Mirabeau, en janvier 1787; « il m'a demandé très-nettement si j'approuverais que l'on travaillât à me faire accréditer pour traiter avec madame la princesse d'Orange à Nimègue^ » Le baron de Reede revint à la charge, et Mirabeau se laissa toucher. Après deux entrevues dont la première dura trois heures et demie, dont la seconde eut lieu à cheval au parc de Berlin, il resta trèsconvaincu qu'il pouvait seul arranger les affaires de Hollande, et que le ministre français ferait acte de patriotisme, en lui confiant une mission qu'il remplirait mieux que personne. Le secret devait être gardé vis-à-vis de M. d'Esterno*; le prince d'Orange lui-même ne serait mis au courant qu'à bon escient, « car il est si emporté et a l'esprit tel-
était si grande qu'il accusait M. de la Vauguyon d'en avoir été fort épris pendant son ambassade à la Haye. D'après lui, l'implacable vengeance du duc aurait été la colère d'un amoureux éconduit. Lettres de Mirabeau, 2 janvier 1787.
* M. de Reede avait annoncé à l'avance à Mirabeau l'échec de Ja mission Rayneval : «Ce sera une affaire échouée tant que l'on n^ociera au lieu d'arbitrer. » Il écrivait, le 10 janvier, à Mirabeau : a Je crains fort que la réponse donnée à M. de Rayneval n'éloigne pour le moment tout espoir de pacification. Ma confiance envers M. le comte ne saurait être altérée. « M. de Reede au comte de Mirabeau. Archives des affaires étrangères. Papiers de Mirabeau.
* « Veuillez bien observer que l'on demande sur cette marche le plus grand secret envers le comte d'Ësterno, et que les intentions et le procédé du baron de Reede lui méritent du moins de n'être pas compromis, » Lettres de Mirabeau, 4 janvier 1787.
lement tortu qu'il faut même à la princesse les plus grandes précautions pour lui rien dire ». A en croire Mirabeau, la princesse ne demandait qu'à se donner à la France, « car elle désespère sérieusement d'être servie efficacement à Berlin » . La question des règlements elle-même serait traitée facilement, si le bouillant adorateur de Sophie y mettait la main. Pour l'administration intérieure, aussi longtemps que la manière dont le peuple doit influer dans le gouvernement ne sera pas déterminée, le système de la France ne sera pas assuré. « Ditesmoi si je dois passer par la Hollande » , concluait Mirabeau. « Là, par exemple, j'accepterais une commission secrète parce qu'une pacification y demande, pour préliminaire indispensable, un agent secret qui sache voir et dire la vérité, et surtout qui capte la confiance, et que je ne crois pas qu'il y ait dans la politique extérieure un plus grand service à rendre à la France. » Un autre rôle que celui de négocier avec la princesse d'Orange était réservé à M. de Mirabeau. Peut-être, s'il eût été chargé de traiter avec elle les termes d'un accommodement, se fut-il montré moins dur pour le Stathouder dans le fameux pamphlet qu'il adressait aux Bataves en 1788, pamphlet qui se terminait par une sorte de déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Guillaume Y, critiqué par ses amis, abandonné par son beau-frère, crut devoir prendre la parole pour expliquer sa conduite. Dans une lettre envoyée