‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 92 sur 167 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Mais la passion du Roi n'était pas seule à Tabsorber. Les illuminés avaient acquis sur son esprit une influence qui grandissait chaque jour. Frédéric le Grand avait assez d'esprit, tout en restant trèssceptique, pour se moquer parfois de ce qu'il appelait la crédulité des incrédules. Frédéric-Guillaume était victime de cette crédulité dont se raillait agréablement son oncle. « C'est une singulière transition » , disait sir James Harris, « que de passer de l'état d'athée à celui d'illuminé, n Le roi de Prusse se livrait sans défiance à une secte de visionnaires dont la plupart étaient des fous très-sincères, dont beaucoup étaient des conspirateurs et quelques-uns des escrocs. D'après M. de Falciola, chargé d'affaires à Berlin, en l'absence d'Eslerno, le désir suprême et le dernier but des adeptes était d'entrer en communication avec les esprits supérieurs et célestes, d'être dirigés et conseillés par eux dans la marche du monde ' . Noble ambition assurément, mais quelque peu présomptueuse. La principale condition, pour être admis parmi ces spirites du dix-huitième siècle, était une parfaite

timents français de sa famille. Elle déclarait sans cesse n'aimer que l'Angleterre et les Anglais, et se trouvait humiliée de n'être née qu'en Allemagne. Mais ses parents, qui, pour lui donner des conseils de conduite, ne lui demandaient pas d'avis sur la politique, faisaient tous parti de la coterie opposée au comte de Hertzbcrg, et à l'alliance de la Grande-Bretagne. (Voir la lettre de Mirabeau du 16 janvier 1787.)

' De Faltiola. Berlin, 14 juillet 1787. Prusse, 206, n« 83.

droiture de cœur et une très-grande innocence de mœurs. Mirabeau revient sans cesse, dans sa correspondance, sur l'importance des illuminés qu'il avait vivement attaqués dans son pamphlet sur Cagliostro etLavater. Pour lui, Weltner et Bishofwerder, chefs de la secte, sont des intrigants beaucoup plus désireux des biens de ce monde que des rapports suivis avec les habitants célestes.

Weltner, qui avait reçu le nom de Vice-roi ou de petit Roi, n'en jouissait pas moins auprès de Frédéric-Guillaume d'une véritable influence dont il savait très-adroitement se servir. Le prince, qui s'était jeté avec ardeur dans les idées nouvelles, du vivant même de son oncle, s'y dévoua plus encore quand il monta sur le trône. M. de Falciola, bien qu'il ne fût pas très-spirituel, s'étonnait avec raison de cette ferveur. « Gomment accorder » , disait-il, i< la vie privée du roi de Prusse avec la pureté de conscience requise pour être admis au ministère de l'évocation des esprits * ?» Le chargé d'affaires de France n'était pas bon casuiste. Les illuminés admettaient fort bien que l'on effaçât ses fautes par les bonnes œuvres. Plus Frédéric-Guillaume donnait de marques d'affection à mademoiselle de Voss ou à ses compagnes, plus il se croyait tenu de racheter les péchés nombreux qu'il commettait, plus il donnait à ses frères en la foi nouvelle une

« Falciola, 14 juillet 1787.

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