‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 94 sur 167 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Rivalité constante des agents de la France et de l'Angleterre à rétranger. — Le Stathouder « dénonce » aux États-Généraux la correspondance entre Rayneval et Gœrtz. — Protestation de la cour de France. -— Les deux assemblées des États d'Utrecht. — Mort de Vergennes. II est remplacé par M. de Montmorin. — Instructions envoyées au marquis de Vérac par M. de Montmorin. — Importance de la question des » bourgeoisies • dans la province de Hollande. — Sir James Harris s'efforce de conclure un accord entre le Stathouder et les patriciens d'Amsterdam. «^ Echec de cette combinaison. — Le rhingrave de Salm est envoyé à Versailles, pour traiter la question des c bourgeoisies > . — Mémoire de Rayneval : « Le Roi ne livrera pas la Hollande à la démocratie. » — Grande manifestation des bourgeois d'Amsterdam. — Violente discussion aux États de Hollande. — Succès des patriotes.

« Ne dégelez pas les peuples froids, ils ont du bon. » Cette maxime du prince de Ligne eût pu servir aux diplomates, qui s'arrachaient, en 1787, le sort des Provinces-Unies. On pourrait croire vraiment qu'ils n'avaient pour but que d'exciter les passions et de réchauffer les haines des habitants ordinairement flegmatiques des Pays-Bas. Sir James Harris ne rêvait plus que luttes et révolutions, et, malgré son calme apparent, n'était plus qu'un chef de parti cherchant à faire triompher, par tous

no UNE INVASION PRUSSIENNE EN HOLLANDE.

les moyens, la cause qu'il avait ardemment embras* sée. Le marquis de Vérac, réveillé de son indolence habituelle par l'imminence de la crise, mettait tout son orgueil à ne pas se laisser surprendre par les manœuvres incessantes de son actif et adroit collègue, le ministre d'Angleterre. M, de Rayneval lui-même, depuis l'échec de sa mission conciliatrice, avait épousé toutes les rancunes des patriotes, dont il partageait tous les préjugés et soutenait toutes les mesures.

La France et l'Angleterre ont ce malheur que leurs agents diplomatiques se combattent, alors même que leurs chefs d'État s'entendent. Dans tous les pays du monde, les représentants français et anglais sont naturellement portés à une jalousie réciproque, et ce qui est vrai encore aujourd'hui ét|iit vrai surtout alors que la France jouissait en Europe d'un prestige égal, sinon supérieur à celui de la Grande-Bretagne. Les envoyés du Roi Très- Chrétien trouvaient partout sur leur route les envoyés de Sa Très-Gracieuse Majesté, rivalité d'influence et de position, rivalité de fortune, rivalité de cour^ et, pour tout dire, rivalité d'antichambre même. Petites passions assurément, et profondément regrettables, mais qui n'en ont pas moins très-souvent agi sur la marche des événements. « Je n'écrirais plus jamais une dépêche si je recevais l'ordre de plaire à la France, de l'approuver ou de coopérer avec elle » , avait déclaré sir James

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