‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 95 sur 167 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Harris en prenant possession du poste de la Haye. Sir James Harris n'était pas le seul à tenir un langage qui ne serait pas encore sans écho dans l'âme de plus d'un de ses compatriotes. M. de Rayneval était trop habitué aux formes prudentes de la diplomatie, pour s'exprimer sur l6 compte de l'Angleterre avec autant de vivacité ; mais sa modération n'était pas assez grande pour l'empêcher de traiter leStathouder en termes contraires à la courtoisie, et son amour-propre blessé était d'accord avec sa raison pour combattre la cause des orangistes. Le gouvernement français avait appris, non sansétonnement, que Guillaume Y avait cru devoir dénoncer aux États-Généraux les lettres adressées par M. de Rayneval au comte de Goertz. Rayneval lui-même, dans une dépêche adressée au marquis de Vérac, protesta, au nom du ministre, contre cet étrange procédé. « Sa Majesté ayant remarqué que le prince, sans doute par une suite de la délicatesse dont il parait faire profession, n'a pas joint à ces lettres les réponses qui y ont été faites, elle a cru devoir vous soulager, en vous autorisant à remettre ces mêmes réponses à M. le Grand Pensionnaire, et à les accompagner de la note verbale dont vous trouverez la minute ci-jointe. » « On ne saurait se dissimuler les intentions perverses de M. le prince de Nassau » , ajoutait Rayneval. La note transmise à M. de Vérac était rédigée en termes fort nets : « Le soussigné, ambassadeur de Sa Ma-

jesté Très-Chrétienne, a reçu Tordre de suppléer à la demi-confidence de M. le prince de Nassau, en remettant à M. le Grand Pensionnaire les réponses du ministre de Sa Majesté Prussienne. » D'après sir James Harris, jamais note française n'avait produit autant d'impression depuis son arrivée à la Haye, a Le public sent que l'affront reçu par le Stathouder l'atteint lui-même. La manière méprisante dont l'ambassadeur français a mentionné le nom du prince d'Orange a été remarquée par L. H. P., et le greffier Fagel a reçu l'ordre de signifier au marquis de Vérac qu'il n'était pas d'usage, en une note ministérielle, de donner à Son Altesse le titre de prince de Nassau, et qu'on espérait qu'il le remplacerait par celui de prince stathouder'. » Vérac répondit qu'il avait reçu la note toute rédigée. Guillaume Y ne s'était pas contenté de faire remettre aux États la copie incomplète de la cor* respondance échangée entre les représentants de la France et ceux de la Prusse. Il l'avait fait imprimer avec la traduction hollandaise et l'avait communiquée à la Gazette de la Haye et au Cour^ rier du Bas^Rhin, Il n'en crut pas moins devoir protester contre la note française, qu'il regardait comme un outrage, et contre l'expression de demiconfidence. « J'ai été hors d'état de communiquer à L. H. P. lesdites trois lettres, puisque je n'en ai

^ La lettre du Stathouder est du 18 février 1787. Hollande, vol. 571.

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