‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 96 sur 167 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

jamais eu copie' » , écrivit-il à M. Fagel, en affirmant qu'il ignorait même le contenu de ces pièces. La note française ne faisait aucune allusion au rôle joué par la princesse d'Orange; mais, en causant avec le Grand Pensionnaire» Vérac ne craignit pas de déclarer qu'elle en prenait trop sur elle et parlait trop comme une gouvernante des sept provinces*.

S'il est difficile de concilier des intérêts opposés, il est plus difficile encore d'apaiser des amourspropres blessés. A Nimègue, comme à la Haye, comme à Versailles, les amours-propres étaient en jeu. « La crise s'accélère » , disait sir James Harris, « et je la verrais approcher non-seulement avec une grande tranquillité, mais même avec satisfaction et impatience, si l'énergie et l'union d'un des partis répondaient à la violence et à la confusion de l'autre. Je regrette de dire que tel n'est pas le cas. »

La confusion était grande, en effet, et ce n'est pas seulement dans la province de Hollande qu'elle régnait; la question des rapports entre le Statfaouder et les États n'était pas la seule qui menaçât de déchirer la République. La province d'Utrecfat, comme celle de Gueldre,se trouvait livrée au désordre. Elle était partagée entre deux assemblées qui, toutes deux, se disaient légales et prétendaient

» Diaries, III, 235.

« Diaries, II, 279.

174 UNE INVASION pfeuSSIENNE EN HOLLANDE.

à la souveraineté. D'un côté, l'ordre équestre et le clergé, retirés à Amersfoort, sous la protection des troupes stathoudériennes; de l'autre, les députés de Ja majorité des villes restés à Utrecht, où les corps de bourgeoisie se préparaient à les défendre. Ces États rivaux, étant incomplets, se trouvaient irrégulièrement réunis, et leurs mesures contradictoires étaient également contraires au droit constitutionnel; mais les passions étaient trop excitées pour que le langage de la raison pût se faire entendre par des adversaires qui se traitaient réciproquement d'usurpateurs et de rebelles.

M. de Rayneval s'était flatté de mettre un terme à ces différends. Avant de quitter définitivement la Hollande, il s'était avisé de faire, dans la province d'Utrecht, une tournée de propagande en faveur de la France et des patriotes, mais les succès personnels' qu'il avait pu obtenir pendant cette course politique ne suffisaient pas pour améliorer

' Les Archives des affaires étrangères contiennent une correspondance curieuse échangée, à cette époque, entre Rayneval et le marquis de Saint-Simon, parent de Tauteur des Mémoires et oncle du philosophe. Le marquis de Saint-Simon s*ctait établi près d'Ctrecht. Il écrivait à Rayneval, le 21 janvier 1787 : « Veni, vidiy vici, disait feu César. Monsieur, vous pouvez répéter ce bon mot , car ni le respectable grand-père, ni la très-digne grand'mère, ni moi qui sais qui je suis, ni ma pétulante vivacité, ni ma jeunesse obstinée, ni ma bonhomie n*ont pu tenir contre vos armes. Tous ont cédé, tous ont donné leurs voix, et]]a médiation est acceptée dans notre petit club comme à A mersfoort ou à ce dernier comme au premier, ce qui revient au même... Vous seul pouvez terminer cette grande aventure. » (Hollande, 571.)

Page 1