‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 97 sur 167 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

sérieusement une situation très-inquiëtante . La -guerre civile allait éclater dans la province d'Utrecht, comme en Gueldre. Les conseillers de la ville, pour s'opposeF aux préparatifs militaires que le Stathouder faisait contre eux, au nom des États d'Amersfoort, refusèrent de fournir les sommes nécessaires au payement des troupes entretenues par la province. Le contingent d'Utrecht, dans ces dépenses, était de 80 pour 100. La noblesse ni le clergé n'étaient assez riches pour soutenir seuls toute la charge. Mais ce n'était qu'un peu de temps gagné, et la situation n'en restait pas moins fort critique. M. de Vergennes ne laissait pas que • de s'inquiéter de cet état de choses. Dans une lettre, en date du 4 février 1787, il insistait auprès de M. de Vérac sur la nécessité de traiter activement les questions pendantes : « La querelle avec le Stathouder n'est pas le seul mal qui tourmente*Ia République. Nous regardons comme tel la brouillerie qui parait exister entre la Hollande et quelques autres provinces, nommément Utrecht. Il se trouve à la Haye des membres des États de cette province. Abouchez-vous avec eux. Parlez-leur avec onction des vœux que le Roi fait pour que leur pays soit enfin pacifié et redevienne un membre libre et utile de la confédération ^ »

L'onction de M. de Vérac ne fut-elle pas assez

> Hollande, 1787, vol. 571.

grande? ses interlocuteurs refusèrent-ils de se laisser toucher? Ce qui est certain, c'est que les différends ne furent pas terminés par l'intervention de l'ambassadeur de France. Les orangistes se réjouissaient de ces troubles. « Je doute fort que, dans le fond, nos adversaires soient fort à leur aise » , écrivait Wilhelmine de Prusse à sir James Harris. M. Van der Spiegel, pensionnaire de Zélande, disait, lui aussi, au ministre anglais : « Si, comme vous croyez, les patriotes prétendent pousser leurs affaires par la violence, soyez assuré qu'ils creusent leurs propres tombeaux. »

Peu de jours après que sir James Harris recevait ces lignes, se passait un événement qui devait plus servir le prince d'Orange que les fautes de ses antagonistes ou le courage de ses amis. Le 15 février 1787, les ambassadeurs des Provinces-Unies auprès de la cour de France écrivaient à Leurs Hauts Commettants : « Le sieur comte de Vergennes a vu son état empirer si subitement, qu'hier soir, vers les trois heures, il a rendu l'esprit, regretté par tous avec raison. Le Roi a désigné pour son successeur le comte de Montmorin, ancien ambassadeur près la cour d'Espagne*. »

M. de Vergennes n'était pas un grand homme d'État; il manquait de ces dons supérieurs qui placent au premier rang et font les Richelieu ou les

1 Archives royales des Pays-Bas.

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