‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 98 sur 167 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Pitt. Il n'avait ni beaucoup de largeur dans les vues, ni beaucoup de hardiesse dans l'exécution ; mais ses qualités étaient sérieuses, et l'on ne pourrait méconnaître ses services sans injustice. Intelligent, instruit, modéré, il avait un sentiment profond de la dignité monarchique et savait parler au nom du Roi sans arrogance, comme sans faiblesse. Trop prudent et trop sage pour lancer sans remords la France dans les aventures, il connaissait trop bien l'histoire pour supposer que son pays dût rester isolé en Europe, et ne se fut pas résigné à lui voir jouer le rôle d'un État sans alliés et sans influence. Que fût devenu M. de Vergennes pendant la révolution? Il n'était pas de ceux qui peuvent diriger ou contenir un grand courant national. Il est mort à temps pour sa mémoire. Mais on ne saurait, en parlant de lui, oublier la place que, sous sa direction, la France avait reprise dans les deux mondes, et les meilleurs éloges qu'on puisse lui donner se trouvent dans les dépêches des diplomates étrangers. C'en est assez pour assurer à son nom le rang très-honorable qu'il occupera dans l'histoire. M. Guizot a dit de Louis XI : « Ce n'était ni un grand roi, ni un bon roi, mais c'était un roi. » M. de Vergennes n'était pas un grand ministre, mais c'était un ministre et un bon ministre. M. de Montmorin, que la confiance personnelle de Louis XVI désigna pour succéder à Vergennes, n'avait pas à craindre que l'on critiquât « son im-

posante médiocrité » ; ce mot injuste de Bulhières sur le ministre qui venait de mourir n'eût pas pu être appliqué au ministre qui le remplaçait. Trèsdévoué à son souverain, partisan très-honnéte d'une monarchie modérée, il était affligé comme le Roi d'une déplorable timidité, qui pouvait lui servir à la cour, mais qui lui nuisait à l'étranger; et son indécision naturelle, encore augmentée par les scrupules d'une conscience timorée, détruisait souvent Feffet des combinaisons adroites qu'il était capable de former. Dans le conseil, Montmorin n'osait que rarement s'opposer aux désirs du Roi, et les observations peu hardies que le sentiment du devoir lui inspiraient parfois n'étaient pas toujours comprises, u J'ai pleuré ce matin comme un imbécile chez le Roi » , écrivait-il un jour; « il en a fait autant, tout cela ne sert de rien. » M. de Montmorin avait raison. Ce n'est pas en pleurant qu'on gouverne l'Europe ou qu'on arrête une révolution. Le nouveau ministre des affaires étrangères n'en arrivait pas moins au pouvoir avec les meilleures intentions. Il voulait la grandeur de la France et désirait y travailler. Les intérêts français étaient particulièrement engagés dans les affaires des Pays- Bas, il résolut de leur consacrer des soins tout spéciaux. Le Roi devait soutenir la province de Hollande, son alliée constante et fidèle. C'était en assurant à la Hollande la majorité dans les États- Généraux que l'on pouvait servir le plus utilement

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