‹ Une jambe de moins; épisode de la campagne d'ItalieChapitre 13 sur 39 · EFFETS PRODUITS PAR UNE JAMBÊ DE BOIS · texte numérisé non relu

EFFETS PRODUITS PAR UNE JAMBÊ DE BOIS

n ne se pafisa rien d'intéressant pour nous dans la nuit et dans la matinée qui suivirent le retour du capi-^ taine de Busaière à Limoges. Les conversations qu'il eut avec sa mère ne firent que reproduire ce que nous arons déjà suffisamment développé, et, à notre avis, un romancier ne doit s'occuper que de ce qui est susceptible d'apprendre à ses lecteurs quelque chose de noU'veau. Sa tâche diffère en cela de celle du photographe et se rapproche de celle du peintre; il ne dessine pas fatalement tout ce qu'il rencontre comme le premier, il choisit^ groupe et ordonne son tableau comme le second. Q n'est ni un miroir ni une machine; il est un créa*teur, non un reproducteur^ et, tout en s'inspirant de la réalité, s'il ne la refait pas, il la transfigure. La réalité

est, en quelque sorte, la pâte dont il pétrit son gâteau, ce n'est pas le gâteau lui-même. Or, pour ne p&iiit sortir de cette comparaison , comme il est certains ingrédients que le pâtissier a sous la main, excellents du reste, mais qu'il ne juge pas à propos d'employer, je ne mentionnerai aussi que pour mémoire la visite qa' Alfred Dumarsais, fidèle à sa promesse, vint faire le lendemain à son jeune ami, d'autant plus que cette visite fut assez insipide et que ledit Alfred y fit preuve d'une outrecuidance qui lui enlèverait le peu d'estime que vous pouvez encore avoir pour lui. Nous le laisserons donc provisoirement de côté et nous rejoindrons notre héros favori au moment où, fraîchement rasé, la moustache coquettement retroussée, vêtu de son plus bel uniforme, il vient de sortir avec sa mère pour se rendre chez Mme Dupré.

Mme de Bussière s'est parée aussi de ses plus beaux atours. Elle donne le bras à son fils et marche la tête haute, le sourire aux lèvres; mais elle ne peut s'empêcher de tressaiUir à chaque pas qu'ils font, car la jambe de bois , en retombant sur le pavé , communique au corps de Louis im mouvement particulier et produit un bruit sec qui retentit jusqu'au fond du cœur de la mère.

Cependant il s'étudie à marcher avec toute la régularité possible, et quand il entre dans la maison où habité sa fiancée, quand il est au bas de l'escalier Cpar bonheur il n'y a qu'un étage), il fait passer sa mère de* vaut lui et s'élance à sa suite avec une adresse qu'il n'a pas encore déployée jusqu'ici.

Mme de Bussière respire en le voyant déjà derrière elle au moment où elle pose la main sur la sonnette.

« Gomment as- tu fait? dit-elle; je ne t'ai pas entendu monter»

— L'amoar a des ailes , voîs-tu , répond-il en souriant, et j'étais bien sûr qu'il me les prêterait pour monter cet escalier-là. »

La Jeanneton vient ouvrir , et pousse un cri en reconnaissant Louis.

< Est-il possible! dit-elle en baissant la voix sur un signe que lui fait Mme de Bussière. Quoi ! c'est vous, monsieur Louis? £t bien portant encore! Vous êtes donc de fer? Entrez, entrez dans le salon, pendant que madame achève d'habiller mademoiselle. Voilà de quoi la gaérir.

— La guérir? demande Louis avec inquiétude; estce qu'elle est malade ?

— Non, non, ce n'est rien, monsieur Louis; un' petit accès de fièvre qui lui a pris hier on ne sait comment. Elle allait déjà mieux ce matin.

— Je le savais , et je n'ai pas voulu t'en parler , » ajoute Mme de Bussière.

La mère et le fils entrent dans le salon , dont on a fermé les persiennes à cause du soleil , de façon qu'au premier abord on ne distingue pas très-bien les objets; mais à peine le capitaine a-t-il fait quelques pas qu'il s'arrête étonné à l'aspect d'un grand et beau jeune honune qu'il ne connaît pas.

« Bonjour, madame, dit le jeune homme en tendant la main à Mme de Bussière et en jetant sur le capitaine un regard de curiosité sympathique.

— C'est M. Arthur Jeffrey, ce jeune Américain dont je t'ai parlé, dit Mme de Bussière à Louis.

— Voilà donc votre fils, madame? » reprend Arthur en s'avançant.

Mais le regard dont on l'accueille suspend la naïve effusion de son cœur. C'est un de ces regards dont Tusage du monde et l'expérience de la vie peuvent seuls

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noufl apprendre la véritable signification. Arthur ne Ta pas compris, quoiqu'il en ait été frappé en pleine poitrine comme par une pointe acérée. H essaye de se remettre , balbutie quelques phrases, puis finit par exprimer, avec cette éloquence quipartâeTàmey Tenthoa* siasme que lui inspire notre gloire et le désir qu'il avait de connaître le capitaine de Bussière. Il trouve des choses flatteuses et touchantes qui , en toute autre occasion, eussent été bien reçues de Louis; il lui offre son amitié comme un humble hommage et sollicite la sienne comme une faveur précieuse. Mais Louis ne récente pas; il est indifférent aux éloges, am marques de sympathie; il se compare involontairement à ce ' blond jeune homme h la taille souple « k la démarche aisée ; il lui trouve ce je ne sais quoi d'attrayant et de noble qui est comme l'apanage de la première jeunesse, ce charme printanier dont on ne sent le prix que lorsqu'on l'a perdu. II se dit que c'est un rival qu'il a devant les yeux, qu'il le deviendra, s'il ne Test déjà. Les idées pénibles surgissent en foule dans son esprit; sa physionomie, tout à l'heure si joyeuse, s'embrunit de plus en plus, et c'est à peine si la présence de Lucie, qui entre enfin avec sa mère , parvient à dissiper les nuages qui se sont amassés sur son front réveup.

Et pourtant l'épanouissement qu'il remarque dans toute la personne de la jeune fille devrait le rassurer. Elle accourt, les joues empourprées, les yeux brillants, elle se précipite dans les bras de Mme de Bussière et lui prodigue des caresses qui ne lui sont pas destinées à elle, mais qu'elle ne peut encore lui donner à lui. Qu'elle est gracieuse , qu'elle est belle et touchante ! quel changement s'est opéré en elle dans l'espace de quelques mois ! Ce n'est plus l'enfant que Louis aimait, c'est une jeune fille , presque une jeune femme dans

toat l'éclati dans toute la puissance de sa beauté. Il la contemple avec admiration , pendant qu'elle reste de* Tint lui dans une attitude indécise et pudique, car elle attend qu'il demande la perniission de Tembrasser h son tour comme il vient d'embrasser Mme Bupré.

Mais il n'ose, tant il est ému 1 et Mme Dupré se tait, et Mme de Bussiëre est obligée de leur dire :

« {jubrassex-vous donc, mes enfants, ^i

Alors rbeureux capitaine saisit la main de la jeune fiUe et cueille sur ses joues deux longs baisers, deux baisers dont Artbur Jeffrey écoute le retentissement avec un trouble inconnu.

«Je ne croyais pas que Louis reviendrait sitôt, dit Mme Dnpré d'un air coutixint en faisant fisseoir Mme de Bussière sur le canapé.

— C'est une surprise qu'il m'a faite, répond^elle; je n'ai reçu sa lettre qu'une heure ou deux avant son arrivée. »

Le capitaine a retrouvé toute sa bonne humeur. Mais MmeDupré, qui ne peut détacher ses yeux de la jambe de bois, soupire à plusieurs reprises, parle bas à Mme de Bussière et finit par s'écrier qu'elle plaint de toat son cœur ce pauvre Louis. H a beau lui assurer en riant qu'il n'est point du tout à plaindre, elle persiste dans sa compassion et continue de regarder la jambe avec une fixité désespérante. Lucie, au contraire, a l'air de ne s'être aperçue de rien. Elle adresse mille questions ^ Louis, qui, pour lui plaire, entreprend des récits dont le jenne Arthur dévore chaque mot. Cependant Mme de Bussière , pour détourner les yeux de Mme Dupré du loalheureux objet qui les attire sans cesse, la prévient qu'elle voudrait lui dire deux mots en particulier, et lui propose de passer un moment dans la chambre voisine.

Ce qu elle veut lui dire, c'est qu'il est prudent de ne

point laisser traîner les choses, et qu'elle est décidée à faire elle-même la demande à M. Dnpré. Mme Dupré se trouble, bat la campagne et s'apitoie de plus belle sur le malheur du pauvre Louis. Elle n'ose avouer encore qu'elle a changé d'avis au sujet du mariage, elle préfère donner à entendre que l'obstacle peut venir de M. Dupré , et elle affirme pour la première fois qu'elle ne fera rien sans le consentement de son mari. Mme de Bussière , qui comprend surtout ce qu'on ne lui dit pas, frémit en mesurant de l'œil le terrain qu'elle a perdu dans l'espace d'un jour. Elle continue néanmoins d'affecter la plus entière sécurité, et; tout en dominant Mme Dupré et en l'empêchant , par la seule puissance de sa volonté, de s'expliquer trop franchement, elle se contente de répéter que leurs efforts réunis et l'amour de Lucie ne peuvent manquer d'amener le résultat désiré.

Mais, pendant ce temps, que font dans le salon nos trois jeunes gens ? La conversation est devenue moins vive ; le capitaine supporte impatiemment la présence d'Arthur; Lucie elle-même, sans trop s'en rendre compte, ne serait pas fâchée de se trouver quelques moments seule avec Louis. Un silence contraint succède aux paroles plus lentes. Pour le rompre, Lucie exprime tout à coup le regret que son père ne soit pas là, ajoutant qu'il aurait été bien aise de se rencontrer avec le capitaine.

« Si vous voulez, insinue timidement Arthur, je vais jusqu'à rhôtel pour voir s'il est rentré.

— C'est cela ! > s'écrie aussitôt Louis.

Ne saisissant pas le vrai sens de cette approbation énergique, mais heureux de pouvoir faire quelque chose qui soit agréable au capitaine de Bussière, Arthur Jeffrey se lève et s'élance hors du salon.

Une fois seul avec Lucie , Louis ne montre pas autant d'assurance qu'on pourrait le supposer ; elle-même dëtoarne la tête et semble redouter maintenant ce qu'elle désirait tout à Theure. Ils restent un instant muets et interdits. Enfin Louis se rapproche d'elle et lui dit à voix basse, non sans trembler un peu:

< Nous nous retrouvons tous deux, chère Lucie, bien différents de ce que nous étions il y a un an. Vous êtes pins belle encore et plus charmante; vous avez gagné, et moi j'ai perdu. Âure^t-vous assez de générosité pour I oublier, et vos yeux pourront-ils s'accoutumer à la triste réalité? Ma mère vous a dit sans doute que cette dernière bataille devait m'être encore plus funeste : c'est votre portrait qui m'a sauvé la vie ; mais il a été brisé ce cher médaiÛon , et j'en ai tiré un mauvais augure. Répondez , Lucie , est-ce bien un service qu'il m'a rendu? »

Ne trouvant point de paroles, la jeune fille, pour toute réponse , laisse tomber sur le front du jeûne homme, presque agenonillé à ses pieds, un baiser furtif, un baiser pur comme son âme !

Un moment après, les deux mères rentrent dans le salon. Mme Dupré s'étonne beaucoup qu'Arthur ne soit plus là , et pendant que sa fille lui explique le motif de cette absence, ÂrÂur revient lui-même avec M. Dupré.

Lnde court se jeter dans les bras de son père, et Mme de Bussière dit de sa voix la plus caressante :

« Monsieur, voilà mon fils. >

Les deux hommes s'observent une seconde ; le plus â^é tend la main au plus jeune et s'assied à côté de loi. Je me bornerai à faire une seule remarque, qn en parlant, et contrairement à ce que ne peut c'est s'empêcher de faire Mme Dupré, M. Dupré ne porte

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pas une seule fois les yeux sur la jambe de bois* C'est au YÎsage qu'il regarde notre capitaine. H parait même qu'il n'est pas mécontent de lexamen auquel il se livre, car l'expression de sa figure devient de plus en plus bienveillante, son ton déplus en plus cordial; il est évident qu'il éprouve de la sympathie pour Louis. Lucie, qui n'est pas la dernière à le remarquer, en frissonne da bonheur, et cela Tempéche de s'apercevoir de tous les signes d'embarras et de contrariété que laisse échapper sa mère. Mais Mme de Bussière, plus perspicace qu'elle, ne s'en aperçoit que trop, et jugeant que la visite s'est suffisamment prolongée, elle se lève pour donner le signal du départ. Le capitaine et M. Dupré , qui s'étaient abordés en étrangers , se séparent déjà presque en amis.

« Je conçois, dit M. Dupré, dès qu'il se retrouve en famille, je conçois maintenant les sentiments que M. de Bussière a inspirés à Lucie. C'est un charmant garçon, et confre lequel il était difficile de défendre son cœur. Sans doute il eût mieux valu..,. Mais enfin le mal est fait, madame, résignons-nous, et souffrons ce que nous ne pouvons empêcher. Je n'ai pas voulu me prononcer avant de l'avoir vu; mais je vous avoue qu'il a fait aussi ma conquête, et comme je ne sois pas revenu d'Amérique pour faire le malheur de ma fille....

— Mais vous n'y songez pas, s'écrie Mme Dupré haletante d'émotion. Vous ne l'avez donc pas regardé? Ce mariage est impossible.

— Pourquoi, madame? » demande vivement Arthur Jeffrey.

Mme Dupré, qui ne pensait plus qu'il fût là, le re« garde avec une surprise mêlée de colère. Il lui demande pardon d'être intervenu dans un débat auquel

il défait rester étranger, et il se hâte do Bortir es prë«« venant M. Dupré qu'il retourne à leur hôtel.

«Je répéterai la question que vous a faite Arthur, reprend M. Dupré. Avez-vous des raisons partiouliëres pour déclarer k présent ce mariage impossible?

— Oui, monsieur, des raisons particulières et que vont pourriez m'épargner la peine de vous dire, puis-» qa'elks sautent au yeux. En un mot, j'avais destiné ma fille à nn jeune homme dispos et bien portant, et je ne la donnerai pas à un infirme.

— Cependant, si le mariage eût été consommé, vous anriez bien été forcée d'accepter votre gendre tel que la guerre vous l'aurait fait.

— Oui, monsieur, mais le mariage n'est pas con« sommé, j'ai enoore le droit de rompre, et je romprai.

— Ohl maman, ne dis pas cela, s'écrie Lucie en fondant en larmes.

— Et vous alléguerez à votre vieille amie , poursuit M. Dupré, que le malheur glorieux qui est arrivé à son fils est ce qui le rend indigne de votre fille? Nous avons, vous et moi, des manières de voir bien différentes, car je vous avoue que j'étais décidé à m'opposer k ce mariage par tous les moyens possibles, et que c'est jnstement cette circonstance qui me fait en quelque sorte un devoir de m'abstenir.

— Mais c'est à en perdre l'esprit , riposte Mme Dupré exaspérée. Si vous vouliez réfléchir une minute, Tons reconnaîtriez que nous serions fous de lier l'avenir de notre unique enfant à celui dun pareil jeune homme ; Lude ne tarderait pas elle-même à nous reprocher de 1 avoir permis. Elle a la tète montée , elle se fait une espèce de point d'honneur de rester fidèle à un engagement qui n'existe pas en réalité , puisqu'il n'y a rien d'écrit; mais elle ne serait pas plutôt sa femme qu'elle

en ferait son mea culpa. Est-ce un mari présentable, je vous le demande ? A quoi lui serait-il bon? Je ne lui en yeux pas au pauvre garçon, ce n'est pas sa faute, je le sais bien , et je le plains de tout mon cœur, pourvu qu'il ne songe plus à devenir mon gendre. H devrait comprendre lui-même que ce n'est pas possible. Voyons, Lucie, sois plus raisonnable que ton père, surmonte une faiblesse qui te couvrirait de ridicule ; ne juge plus ce jeune homme sur ce qu'il était il y a six mois, mais sur ce qu'il est aujourd'hui. Réponds-moi du moins. Non, elle pleure au lieu de me répondre ! Tu me ferais sortir de mon caractère avec tes sottes larmes. D'abord, tu ne l'épouseras jamais de mon consentement; ce sont les Invalides qu'il lui faut, et nmi le mariage.

— Maman , dit la jeune fille en suspendant ses larmes, je ne me marierai jamais malgré toi ; mais j'aime aujourd*hui le fils de Mme de Bussière bien plus que je ne l'aimais il y a six mois, et si je ne l'épouse pas, je ne serai jamais du moins la femme d'un autre. »

Mme Dupré s'élève alors contre les idées romanesques avec une vigueur croissante, et ainsi qu'il arrive dans toutes les discussions, politiques ou autres, elle répète vingt fois sur tous les tons lesmémes choses convaincantes sans produire le moindre effet sur ses adversaires. M. Dupré ne se fait pas faute de rétorquer ses arguments, la querelle prend des proportions inquiétantes. Mme Dupré s'oublie jusqu'à prier son mari de ne plus revenir; M. Dupré lui répond qu'il reviendra voir sa fille , qu'il en a le droit, et les éclats de voix des deux époux se détachent sur le fond monotone des sanglots de la pauvre Lucie comme les notes stridentes de la tempête sur le bruit sourd de l'Océan.

Qui a tort? Qui a raison? A première vue, et à ne juger que d'après cet instinct qui nous pousse à ap-

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filaudir aux résolutions généreuses, nous nous rangeons du côté de Lucie et de son père ; nous admirons la coDsjance de l'une et nous savons gré à l'autre des sentiments qui l'empêchent de s'opposer maintenant à un mariage qu'il n'approuvait pas d*abord. Mais si nous réfléchissons quelque peu; si, descendant des hautearsde la passion et de l'enthousiasme, nous n'envisageons que le terre-k-terre de la vie , alors nous sommes forcés de convenir qu'il y a dans l'opinion exprimée par Mme Dupré quelque chose de prudent, sinon de délicat. Son gros bon sens impitoyable lui a tracé la ligne qu'elle doit suivre. Elle a compris que son devoir de mère est de résister à l'entraînement irréfléchi, elle a saisi d'un coup d'œil toutes les conséquences d'un mari^;e accompli dans de telles conditions, elle a vu, en un mot, la réalité que les autres s'obstinent noblement à ne pas voir. Par malheur, ce sentiment juste s'est traduit d'une façon brutale et en termes inconvenants. Mme Dupré a une manière d'a- Toir raison qui lui donne tort ; on est porté à n'être pas de son avis, même quand on reconnaît, à part soi, que cet avis est le meilleur. C'est qu'elle est tout à fait dépourvue de cette grâce d'imagination qui corrige ce que la raison a parfois de cruel, c'est qu'elle n'a pas non plus cette adresse féminine qui est une si grande force, c'est enfin qu'elle est positive et absolue comme un chiffre. Quoi qu'il en soit, elle n'a jamais éprouvé une exaspération pareille; elle est pourpre de fureur, elle ressemble à une locomotive qui est sur le point d'éclater, elle en veut autant à sa fille qu'à son mari, et, plutôt que de donner jamais celle-ci à Louis de Bussière, elle la donnerait au premier animal à deux jam- 1*« qui se présenterait, que dis-je?à Arthur Jeffrey lui-même.

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