‹ Une jambe de moins; épisode de la campagne d'ItalieChapitre 35 sur 39 · LA CHAMBRE BLANCHE · texte numérisé non relu

LA CHAMBRE BLANCHE

Annette, en rentrant, trouva son mari tel qu'elle Tavait laissé, assis devant son bureau, dans une attitude médilative. Il n*avait pas écrit ; il venait de passer plus de deux heures à réfléchir, à explorer Tavenir, à chercher une issue au labyrinthe dans lequel il s'était si imprudemment engagé. Les hommes de la nature de Georges ont cela de particulier qu'ils tirent d'une chose triste tout ce qu'elle renferme, qu'ils pressent jusqu'à la dernière goutte, et quelle qu'en soit l'amertume, le fruit tardif de l'expérience. Ânnette ne lui dit rien, elle ne l'embrassa même pas en passant, comme elle faisait

quelquefois dans ses moments de bomie humeur; elle se contenta de Tobserver encore avec je ne sais quelle curiosité maligne et émue, puis elle le pria de venir dtner.

Mme Dubuisson l'accueillit comme si de rien n'était. Elle lui raconta leur promenade, lui dit qu'elles avaient rencontré le nouveau préfet, qu'il était charmant, qu'il était jeune, qu'il avait trois décorations, et qu'elle aimerait beaucoup que son gendre fût préfet. Georges ne répondit pas. Mme Dubuisson, dépitée et n'osant entamer encore ime discussion, eut recours à sa ressource ordinaire : elle se rejeta sur sa nouvelle femme de chambre qui, ayant la prétention d'être fort sensible» se mit à répandre des torrents de larmes. Annette se leva de table et passa dans le salon ; Georges la suivit*

La mignonne petite femme se mit devant le piano» et Georges s*assit dans un coin^ à côté d'elle. Ils se voyaient, il» ne se regardaient pas. Les mains d'An* nette erraient âur le clavier, mais son Ame n'était pas au bout de ses doigts, son ftme vohigeait je ne sais où. Des pensées graves les occupaient tems deux.

Mme Dubuisson survint qui alluma 1^ bougies du piano; Annette continua de jouer, et Mme Dubuisson tes laissa seuls.

Quand dix heures sonnërenf» elle revînt el kw dit :

< Çà, pour ce que vous ftiites Ht tous le» deux, vous feriei mieux d'aller vouseoucber; »

Le mari et la femme se levèrent en même temps ; Ânnette embrassa sa mère.

« Je vais l'envoyer Françoise, reprit celle-ci.

— C'est inutile, répondit Annette, je n'aurai pas besoin d'elle. »

Georges prit une des lampes qu'Antoine venait d'apporter, souhaita le bonsoir à Mme Dubuisson, éclaira sa femme et entra avec elle dans la chambre blanche. Annette ferma la porte et poussa le verrou.

Nous devrions bien rester dehors, n'est-ce pas? Il y a certaines limites qu'il n'est point permis de franchir. Regardez l Les doubles volets sont feruAés, les rideaux blancs tombent devant les fenêtres, la toilette de nuit est disposée sur le lit* Mieux vaut nous éloigner^ nous les retrouverons demain au réveil. Mais non, je sens qu'ils ne sont ni l'un ni l'autre dans leur situation d'esprit ordinaire, je sens qu'il va se passer entre eux quelque chose d'inattendu et de solennel. Georges est grave^ presque triste; Annette est rouge, embarrassée^ et son cœur bat si fort qu'il soulève son corsage^ Elle a un aveu à faire à son mari, un aveu qui lui coûte, un aveu.;.. Ahl ma foi, c'est en vain qu'elle a tiré le verrou, nous entrerions dans la chambre blanche par le trou de la serrure, si nous n'y étions déjà.

Georges a déposé la lampe sur la commode. L'abal^jour rose répand par la chambre une douce blarté; mais il y a du pied dû lit une petite chaise

en tapisserie qui reste dans Torobrc, et, après avoir regardé de côté et d'autre, Annette se retourne vers Georges, lui désigne du doigt la petite chaise et lui dit :

« Assieds-loi là et écoute-moi. >

Docile comme un enfant^ Georges courbe sa .grande taille et s'assied à la place indiquée; puis, releyant ses cheveux qui lui tombent sur le front, il fixe sur Annette un regard étonné. Elle s'approche encore un peu, elle va parler, elle hésite ; enfin, prenant son parti, elle se met d^elle-mème Buir les genoux de son mari, lui passe autour du cou ses jolis bras, et, quand elle sent l'étreinte de deux bras plus forts répondre à la sienne et l'envelopper tout entière, elle lui dit de sa voix la plus tendre, d'une voix qu'il n'a jamais entendue jusqu'ici :

< Tu es bon comme le bon Dieu, et je t'aime de toute mon Ame. >

Georges ne répond pas. Une joie puissante le saisit, trouble sa pensée et ne lui permet pas de prononcer une seule parole. Il est comme accablé de ce bonheur imprévu. Il serre contre son cœur sa chère petite femme de manière à la briser, mais elle ne s'en plaint pas; qui sait? elle aimerait peut-être à mourir ainsi sur son cœur. Quant à lui, il pleure, il pleure parce que c'est le seul langage dont il puisse se servir, et, comme elle sent des

larmes couler, elle les essuie de Sîes baisers, et lui répète avec mille variations charmantes :

« Tu es bon comme le bon Dieu, et je t'aime de toute mon âme. »

Peu à peu cependant il revient à lui, c'est à elle que je veux dire; il songe que cette émotion trop prolongée peut lui être funeste, il se contient, il renferme le feu qui le brûle. Il apaise la folle petite comme une mère apaiserait son enfant pris d*un accès de gaieté convulsive, il détache ces lèvres collées aux siennes, il écarte ces bras qui le serrent, il emprisonne ces mains mignonnes dans une de ses mains, et, la soutenant de l'autre, il lui dit, car, s'il n'a point trouvé de paroles pour exprimer son ravissement, il en trouve pour exprimer sa tendresse :

c Ma bien-aimée, je me prive volontairement de tes caresses) j'aurais peur de t'étouffer dans mes bras. J'éprouvais pour toi le plus tendre amour et je soufTrais de voir qu'il n'était point partagé : je sens à présent que tu m'aimes d'un amour égal au, mien. Comment ce miracle s'est-il opéré? Qu'importe ! Ne me le dis pas, ne retournons pas en arrière, sois toute à ce moment d'ivresse, à moins que lu ne sois pas assez forte pour le supporter et qu'il soit bon de t'en distraire. Pour moi, je ne désire rien. Quand je vois tes yeux fixés ainsi sur lesmiens, on dirait que mon cœur se fond à leur flamme, et

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il n*y a rien au delà. Vrai! mon Anneite chérie, je ne croyais pas qu*il fût donné à Thomme de ressentir dans toute sa plénitude un bonheur aussi pur.

— Oui, mon Georges, répond-elle, je veux rester ainsi mes yeux fixés sur tes yeux, et savourer le plaisir de te voir tel que tu es, tel que je ne voulais pas te voir. Que tu es beau, que tu es bon surtout, et que je l*aime! Mais ma joie pourtant est moins pure que la tienne, parce qu'il s'y mêle un remords, parce que j'ai été injuste envers toi. Aussi, j'aihAte de me confier à toi tout entière, de t'expliquer ce que tu ne peux comprendre, de te demander gr&ce de mon aveuglement. Ne crains pas que je me fatigue. Je ne serai tranquille que lorsque tu auras vu clair dans mon cœur. Écoute donc. Du jour où tu m'as aimée, du jour où tu es venu à moi, j'ai senti qu'un invincible penchant m'entraînait vers toi, mais j'ai résisté : c'était je ne sais quelle fierté qui ne voulait point de maître. Que te dirai-je? Taurais voulu qu'un autre me convint pour l'accepter, un autre que je n'aurais pas aimé, car je t'aimais déjà beaucoup sans lé savoir, et, depuis, je t'ai vu si heureux que j'ai cru qu'il ne te manquait rien, et j'éprouvais comme un vague étonnement que tu te contentasses de si peu. Il te manquait quelque chose, mon Georges, mais tu étais trop bon pour me le dire, tu étais trop fier pour solliciter ce que je ne

t'accordais pas librement. Il y a déjà plusieurs jours que je t'observe, que je commence à te connaître un peu mieux ; mais c'est aujourd'hui que tu m'es apparu sons un jour tout nouveau. J'ai compris i quoi tu te résignais pour moi, ce que lu souffrais pour moi ; j'ai compris quelle faveur m'avait faita le ciel en me donnant un homme tel que toi. Ta . patience d'ange m'a touchée jusqu'au fond du cœur, car j'ai bien vu que c'était par amour pour moi, et non par faiblesse, que tu cédais ainsi à ma mère. Alors il s'est fait en moi un changement incroya* ble. Je n'ai pensé qu'à toi, je n'ai vu que toi tout le temps que j'ai été en voiture avec maman, et j'aurais voulu, en rentrant, me jeter dans\es bras, mais je ne l'ai pas osé, et j'ai attendu que nous fussions seuls dans notre chambre. A présent, je n'ai plus de honte, je suis véritablement unie à toi, je ne me distingue plus de toi, nous ne ferons plus qu'un désormais. Seulement j'ai peur que tu ne m'aimes moins jnain tenant que je t'aime trop. Quoi qu'il en soit, mon Georges chéri, mon ami, mon mattre, ne retiens plus mes mains, que je les passe encore sur ton front, ne retiens plus mes lèvres, que je les pose encore sur les tiennes, si peu que tu voudras les y laisser! »

Il ne résiste point à cette prière. Les bras blanes lui font de nouveau un collier, et la douce haleine monte vers lui comme un parfum. Tout se tait au

dehors, le silence de la nuit est piir et suave comme leurs pensées ; mais autour d*eux, tout près d'eux, on entend par moments un frémissement indistinct, un murmure harmonieux. Est-ce Tange gardien d'Annette qui, de plaisir, agite ses ailes audessus de leurs têtes? C'est lui, sans doute, et il se croit au ciel.

L'heure s*écoule rapide ainsi que s'écoulent les heures bénies et enchantées. La pendule sonne minuit, Annette l'entend, et c'est elle, cette fois, qui dit à Georges :

c Je passerais toute la nuit la tète appuyée sur ton épaule et je m'endormirais dans tes bras, comme je m'endormais, étant toute petite, dans les bras de ma nourrice. J'éprouvais tout à l'heure le besoin de parler, j'éprouve à présent celui de me taire, car nous nous entendons sans parler, et j'aime les choses que me dit ton silence. Mais je crains que nous n'ayons pas le temps de nous expliquer tout à fait, et il faut que tout soit^écidé cette nuit, que tout soit fmi. Nous avons à prendre une grave résolution. Écoute encore. Quand j'étais au couvent, ma tante (tu sais, ma bonne tante du couvent que nous avons été voir ensemble, à laquelle tu as plu tout de suite, et qui m'a dit que je devais bien remercier Dieu pour le mari qu'il m'envoyait), ma tante me disait souvent : c Ta mère est excellente, mon enfant, elle t'aime uniquement;

mais si tu te maries jamais, ne demeure pas avec elle, ce serait la ruine de ton bonheur. » Je ne comprenais pas bien ce que ma tante voulait dire, et je n'osais Tinlerroger, parce que ce sujet m'était désagréable. Il me semblait pourtant qu'elle était injuste envers maman. Mais lorsque je quittai le couvent et que je revins ici, je vis bien que les choses n'allaient pas comme elles devaient aller, que ma mère ne savait pas toujours ce qu'elle vou* lait, qu'elle n'avait pas de suite dans les idées, et que tout s'en ressentait autour d'elle ; mais elle était si bonne pour moi que je finis par fermer les yeux et par m'accoutumer à sa manière d'être. A répoque de notre mariage, quand elle t'imposa la condition de ne point la séparer de sa fille, je t'ob* servais et je fus blessée de l'expression de désappointement qui se peignit sur ta figure. Je me rappelai^ le conseil de ma tante ; puis je te sus gré d'avoir consenti à ce que voulait maman, et je me promisJ)ien de te haïr si, une fois marié, tu cherchais à lui manquer de parole. Dès le premier jour que nous vînmes habiter ici ensemble, ja reconnus que tu ne t'entendrais jamais avec elle. J'en fus en secret irritée contre toi. Je voulus te faire tomber en faute : je me plaignis d'elle, croyant que tu en dirais plus que moi; mais tu détournas la conversation, et, toutes les fois que j'y revins, tu fis la même chose. Gela commença à m'attendrir.

J'ouvrh les yeux, j'eus peur de devenir semblable à ma mère, et que tu ne cessasses de m'aimer, car je tenais déjà beaucoup à ton amour. Aujourd'hui, cet amour est ma vie; il faut donc que je sois toute à toi, que tu m'emmènes loin d'ici, pas assez loin pour que je ne puisse, chaque matin, embrasser maman, mais dans un appartement à nous, dans une maison où nous serons seuls tous deux, où tu pourras tout ordonner à ta fantaisie, où tu seras le mattre, où je serai l'^sclavr, où je m'efforcerai de mériter ta tendresse et d'être digne de toi. »

La rosée du matin est moins douce aux fleurs altérées que ces paroles & l'&me de Georges : il les boit goutte & goutte et les savoure et s'en pénètre. Il lui semble qu'un monde nouveau vient de s'ou« vrir devant lui, et la réalité efface les plus beaux rêves qu'il ait fails. C'est une autre Annette qu'il tient entre ses bras ; ce n'est plus seulement la femme aimée, c'est la femme aimante. Il lui dit :

< Uùa ange adoré, tu as deviné le plus cher, le plus ardent de mes vœux; rien ne me serait si doux que d'habiter seul avec toi. Hier encore, j'étais triste en pensant qu'il y aurait toujours un tiers entre nous ; aujourd'hui même, il y a quelques beurres, je supportais ta mère avec impatience : à pré* sent, je ne crains plus rien, tu es & moi. Je ne crains plus que son influence soit plus forte que la mienne; je ne crains plus que, sans le vouloir, elle altère ces

(Ions charmants que Dieu a mis en toi et dont, seul désormais, je veux être responsable. Nous nous ferons ici une solitude imaginaire; dans cette chambre, dans mon cabinet nous serons chez nous. Sûr de toi, je parlerai maintenant à ta mère avec plus de confiance, avec plus de fermeté. Tu verras que je suis un homme, tandis que, quand elle était entre nous, je m'abstenais de l'être, de peur de te déplaire.

— Non, je neveux pas que tu sois malheureux, je ne veux pas que tu sois contrarié sans cesse à propos des choses les plus simples. La séparation me sera pénible, mais il le faut; il faut que nous quittions cette maison, et le plus tôt sera le mieux.

— Mais, cher amour, tu oublies que j'ai promis, et tu le disais toi-même tout à l'heure : tu ne pourrais t'empêcher de me mépriser si je manquais à ma parole. Me mépriser , non ; maintenant que tu m'aimes, l'intérêt de notre amour justifierait à tes yeux ce manque de foi , mais je me mépriserais moimême. C'est envers ta mère que je suis lié, et je le suis davantage, parce que je le suis envers une femme. Puis, songe donc, toute la fortune est à toi, et ta mère dispose de tout ceci. Nous aurions Tair, en la quittant, de vouloir la dépouiller.

--* Que tu es noble et généreux, et comme, à chaque mot que tu dis, je découvre en toi quelque qualité nouvelle ! Je jouais follement avec mes tré«

sors sans en connaître le prix. Tétais une enfant, je suis une femme. Aussi n'espère pas me convaincre. Je veux te donner la félicité complète, je veux que tu ne regrettes rien, du moins autant qu'il dépendra de moi. Tu ne saurais vivre avec ma mère. Faut-il tout te dire? Je crois qu'elle serait elle-même plus heureuse seule et que nous nous entendrions parfaitement avec elle , si elle était séparée de nous par une rue ou deux. Nous lui donnerions de quoi vivre honorablement. D'ailleurs, n'as-tu pas assuré son sort par notre contrat de mariage? Enfin, mon Georges, il le faut. Ne te suffit-il pas que je l'exige? Si tu crains d'aborder cette question délicate, c'est moi qui parlerai, c'est moi qui lui déclarerai que je veux être chez moi et conduire ma maison moi-même.

— - Mme Dubuisson aurait droit, en ce cas , de se plaindre de sa fille. Je ne veux pas que tu aies le moindre tort envers elle, mon trésor chéri ; j'aime mieux encore qu'elle m'accuse. Il y aura peut-être moyen de lui faire entendre raison. Je verrai.... je consulterai M. Gonthard.

— Plus nous attendrons, plus le mal s'envenimera. Si tu voulais me laisser faire.... Mais non, non, mon bon Georges , je suis une petite femme soumise, je veux me conformer en tout à tes volontés. Tu me donnerasdes conseils, tu me rendras aussi parfaite , je veux dire aussi bonne que toi , tu me

corrigeras de mes petits défauts: Ma tante les avait arrachés avec soin, mais ils repoussent. Dis-moi ceux que tu as remarqués en moi.

— Tu n'avais à mes yeux qu'un défaut, chère enfant, c'était de ne pas m'aimer assez.

— Oh! pour celui-là, monsieur, vous avez tort de me le reprocher, je ne l'ai plus. »

Le doux bavardage se prolonge ainsi, entremêlé de baisers et de caresses. La pendule sonne deux heures du matin; Georges s'étonne et craint que cette longue veille ne soit préjudiciable à la santé d'Annette. Elle voudrait bien causer encore, elle a tant de choses à lui dire; mais il lui rappelle qu'elle est une petite femme soumise et il se met en devoir de la déshabiller. Cette besogne est interrompue plus d'une fois; trois heures sonnent et elle n'est point finie. Alçrs il se presse, prend sa petite femme entre ses bras, la promène un moment par la chambre conmie pour l'endormir, puis la dépose sur le lit et la recouvre avec soin.

— Georges, mon Georges bien-aimé, dit-elle, que je t'aime, que tu es bon, que je suis heureuse!... >

Elle continue quelques instants encore ; mais sa voix s'affaiblit, les mots deviennent vagues, presque indistincts. Georges qui devine qu'elle s'endort, baisse la voix en lui répondant, et quand il est prêt à se coucher, il éteint la lampe et se place avec pré* caution auprès de la jeune femme immobile.

Ne craignez rien, invisible ami, ange inquiet qui vous tenez près d*elle , son sommeil ne sera point troublé! Vous pouvez remonter au ciel, vous pouvez aller raconter à vos frères les doux mystères que vous avez surpris. L'homme, ivre de bonheur, ne dormira pas, mais il vous remplacera ; il retiendra son haleine, il repassera dans son cœur tout ce que sa compagne lui a dit, il osera à peine la regarder au jour douteux qui luit à travers la persienne, il bénira son repos, il attendra qu'elle s*6veiUe.

Un jour radieux inonde la chambre blanche : Georges a ouvert la persienne à la demande d' Annette* La causerie a pris un tour enjoué. Hais Annette qui riait aux éclats, redevient tout à coup serieusci

< Une chose que j'iii oublié de te dire, fait-elle; tu as prononcé cette nuit .le nom de M. Gonthard : tu ne sais pas que c'est lui qui m'a décidée à t'épouser; j^étais jalouse du passé, je n'avais point attendu pour cela les mauvais propos de Mlle de Comiole (Ohl la méchante vieille fille!); enfin, il me coûtait d^épouser un veuf. Puis, je craignais de faire de la peine à ton beau-père et à ta belle-mère. Le matin bù je te défendis de descendre dans le parc, j'allai trouver M. Gonthard et je lui expliquai, tant bien que tnaàj mes irrésolutions; Alors le brave et digne

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homme leva tous mes scrupules et m'engagea à t*épouser , m'assurant qu'il ne connaissait personne qui me convint mieux que toi. Ce qui est étrange , c'est que, dans ce moment-là, ses paroles ne m'attendrirent point du tout en ta faveur, mais redoublèrent simplement l'affection que j'avais pour lui; je ne désirais pas plus, en le quittant,- devenir ta femme, mais j'aurais bien voulu être sa fille. >

Georges la pressa contre son cœur avec un attendrissement presque douloureux , tant il était profond; car ce sentiment d'affection filiale qu'elle avait aussi éprouvé pour M. Gonthard était entre eux comme un lien de plus. 11 se mit à lui parler à cœur* ouvert de ceux qu'il ne pouvait plus nommer que ses parents; Ânnette l'écoutait avec un intérêt de plus en plus vif, et, quand il s'arrêtait, elle lui di«> sait : « Encore, encore! de manière que... ».

« Vous ne vous levez donc pas aujourd'hui? » dit Mme Dubuisson en frappant à la porte de la chambre blanche»

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