‹ Une journée parlementaireChapitre 42 sur 61 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

voudrais que nous fussions des vieillards tous les Jeux I notre amour toujours aussi vif aurait un passé plutôt qu'un avenir et, du moins, rien ne peut modifier les choses passées.

MADAME TUL'RINGE

Comme la fatigue t'attriste! En sortant de la Chambre, moi, je suis allée chez la couturière. Les petites, pas les essayeuses, ni les vendeuses, mais celles qui sont là pour les commissions, venaient tour à tour me regarder, m'admirer, et l'essayeuse leurdisait : « Mesdemoiselles, vous me remerciez, n'est-ce pas, de vous laisser voir Madame. » Et toi tu voudrais que je fusse laide, vieille ?... Tu ne souris pas? Mes histoires t'ennuient ? La politique te vole encore à moi. {Elle se met à g eïioux devant lui.)

THL'RINGE

Ce Gaudecharl ! Pourquoi je parle souvent de lui ? Parce que toujours je rencontre son intrigue autour de moi ! C'est lui qui devait livrer au Contrat social un faux document : il veut me déshonorer pour se venger de notre amour Jure-moi qu'en aucun cas, tu n'auras pour lui autre chose que du dégoût et de la haine. Jure-moi qu'alors même qu'il aurait raison devant tout le monde, toi, tu ne douterais pas de moi.

MADAME THURINGE

Grand enfant, que tu as la lièvre! Comment pourrait-il quelque chose contre toi, puisque tu n'as rien à te reprocher?

THURINGE

On a vu des exemples.

MADAME THURINGE

Bail! avoue que, pour des députés gouvernementaux, les tribunaux sont plus tentés de les acquitter cou}»ables que de lescondamner innocents.

THURINGE

Mais enfin si nos adversaires semblaient triompher?

MADAME THURINGE

As-tu le droit de douter de mafermeté? Quand tous t'accuseraient, je saurais bien examiner les choses, les débrouiller et les juger; et, aussi vrai que j'ai abandonné Gaudechart puissant mais que je savais malhonnête, je serais fidèle dans l'adversité à l'honnête homme vaincu. Ton honnêteté, ta loyauté, mais c'est l'excuse de cette démarche toujours grave pour une femme de se donner deux fois dans sa vie. Une première fois, je m'étais trompée; dans ton atmosphère seulement je vis. Je t'aime parce que tu es incorruptible, loyal, généreux et franc, tel enfin que je t'ai vu aujourd'hui encore, et je me refuse à envisager l'hypothèse que tu me proposes d'un Thuringe sans honneur ; je ne connais pas cet homme -là! Mon ami, c'est celui qui parle sans crainte et avec un ton sublime de sa vertu et qui m'a fait pleurer d'orgueil aujourd'hui à la Chambre.

THURINGE

Grâce à Dieu, tout est terminé et n'est plus qu'un cauchemar qui s'efface.

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