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IN MEMORIAM

D: UTRES, mieux que nous, pourront parler de cet

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ouvrage. Nous voudrions seulement dire quelques

mots de son auteur, de la vive intelligence, nuancée et forte

que fut Jacques-Marc Schnerb, mort au camp d’ Auschwitz en janvier 1944.

La portion des connaissances humaines que l’on dénomme sciences exactes ne l’avait jamais attiré. Non qu’il les méprisût réellement, comme parfois il se laissait aller à le dire: nous l’avons vu, désireux de s’en instruire, lire des livres assez ardus pour dérouter tels lecteurs qu’on aurait pu croire, par leur formation, plus à même de les approcher. Mais elles l’intéressaient fort peu dans leur détail, et pas du tout dans l'être de leur mécanisme intellectuel. Sans doute avait-il senti, dès son adolescence,. combien la souple structure de son esprit le portait- davantage vers les études où le facteur humain, les données individuelles, sont au centre même de toutes les questions. Lycéen, il avait aimé l’histoire, la philosophie, les lettres. Étudiant, il apporta

-dans les vieux murs des Facultés de Droit — de Lyon d’abord,

puis de Strasbourg repliée à Clermont — un désir d’apprendre, une aptitude à comprendre qui n’y sont point communes, et trouva dans les disciplines juridiques, à exercer à loisir une pensée habile à construire comme à critiquer.

Nul besoin de dire qu’il se signala, dans les examens, les concours ou les tournois d’éloquence, comme le premier de ses condisciples. Il était allé, au-delà de ces succès universitaires, dans la voie d’une culture profonde. Il ne s'était pas, comme il arrive parfois aux meilleurs, cantonné dans une spécialité restreinte, ni limité à des points de vue trop unilatéraux. «Publiciste», il avait su, dans une branche du droit particulièrement difficile puisqu'elle pose tous les graves problèmes des rapports de l’individuel et du social, parvenir à une synthèse exacte de la primauté de la personne humaine et de la nécessité des organismes 1nstitutionnels : l'ouvrage que l’on va lire révèle un sens de l’Etat qui ne pouvait être que l'acquisition de longues et fructueuses

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