‹ Une 'jurisprudence d'équité' du Conseil d'État Le risque administratifChapitre 3 sur 46 · VIII · texte numérisé non relu

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réflexions sur. ces problèmes. Le «privatiste» au ee ne le cédait en rien, Chez lui, aux publiciste »: 1 étonnait parfois, par son érudition sur tel ow tel point de procédure, des praticiens surpris de le voir au fait des arcanes de leur profession. N "écrivait- il pas un jour cette phrase souriante et vraie: «Il m'arrive de songer que pour un juriste le dualisme droit public droit privé est aussi nécessaire que

l’est le couple classique romantique pour l’honnête homme,

l'opposition Bordeaux-Bourgogne pour l’œænophile ».

Il était d’ailleurs de ceux qui ne se contentent pas d'exceller dans leur art, qui s'appuient en dehors sur une initiation égale dans un autre domaine : non pas violon d’'Ingres, mais expression de ce besoin qu’ont les esprits vastes — médecins philosophes, ingénieurs mathématiciens — de s’enrichir par une activite désintéressée. Juriste de formation, Jacques-Marc Schnerb était tout autant — et, par penchant naturel, davantage peut-être — ce que lés étudiants appellent un littéraire. Fervent promeneur au jardin de nos Lettres, il en avait acquis, par d'immenses lectures qu’il assimilait avec une incomparable rapidité, cette connaissance par le dedans qui conduit à sentir et comprendre une littérature comme une continuité ‘vivante. Littérature qu’il aimait et savait faire aïgner : nous avons rarement entendu lire les vers mieux qu’il ne les lisait, et nous lui devons bien des découvertes chez bien des auteurs. Littérature dont il suivait avec attention les manifestations contemporaines en même temps qu’il en appréciait les formes les plus secondaires et les plus méconnues. Et ceci sous les deux espèces de la matière et de l'esprit, car ce maître liseur était le plus averti des bibliophiles, et ne négligeait rien des charmes des livres.

Cette large culture, juridique et litiéraire, il Pa acquise certes par goût, mais aussi par une volonté solide à qui les obstacles n'avaient pas manqué. Atteint à dix-neuf ans par ‘une maladie contre laquelle il lutta sans fañblir, frappé à vingt ans par la mort de son père tué à Dunkerque en mai 1940, menacé enfin par des persécutions qui ne diminuèrent pas en lui la conscience de l'héritage de ses ancêtres, il n'en sut pas moins poursuivre l’œuvre qu’il avait entreprise : ce livre en est un témoignage. Il en achevait la rédaction à Saint-Etienne sa ville natale, en même temps qu’il commençait à préparer le troisième diplôme de doctorat nécessaire aux candidats à l’agrégation, lorsque, en novembre 1943 il jui arrêté par la Gestapo chez ses grands-parents. Transféré à Drancy, puis au sinistre camp d’Auschwitz, \Ù y garda

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ce tranquille courage par lequel tant de victimes, là-bas, dominèrent leurs bourreaux. Mais il ne devait pas échapper à leur rage de meurtre: il fut de ceux qui ne revinrent pas. Il avait vingt-quatre ans ; il était à la veille de prendre, dans l’élite intellectuelle de la France, la place qui lui revenaît. Lui qui, citant la pensée valéryenne, répétait volontiers que «nous avons parfois des idées et des actes qui me nous ressemblent pas», sut pourtant, jusqu’à la fin, ressembler à soi-même et mourir sans exprimer de plaintes.

: L’un de nous lui disait un jour, après une lecture des pages consacrées en 1923 à Barrès par Thibaudet, la réserve que suscitait en lui, dans ces louanges, un certain manque de nuances qu il y croyait découvrir. « Sans doute, répondit-il, cela est écrit sous le coup de la mort». Nous ne voudrions pas que ces quelques lignes — tout ce que nous pouvons aujourd’hui faire pour lui — risquassent de provoquer une eæplication, une rectification semblables. Nous n'avons fait qu’essayer, en peu de traits, d'esquisser une figure ressémblante, et, surtout, parce qu'à jamais disparue, de l’esquisser avec le plus de: simple vérité possible. Nous n'aurions eu à cela aucun titre, si — qu’il nous soit permis - de le rappeler en offrant ces lignes à sa mère — nous n'avions été liés à Jacques-Marc Schnerb par une confiante, une profonde amitié.

Paul THERRE. Pierre REBAUD.

Docteur en droit : Docteur en droit

En souvenir de mon cousin-germain, Amédée Schnerb, père du défunt, combattant des deux guerres, mort à Dunkerque en 1940. .

Au nom de Madame Andrée-Amédée Schnerb, sa mère.

Je remercie Monsieur Paul Therre d’avoir

largement contribué à la réalisation maté-.

rielle de ce livre, et Monsieur Charles Eisenmann d'avoir bien voulu en dire toute La valeur.

Robert SCHNERB.

agrégé de l'Université Docteur es-leitres

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