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adorations les plus prosternées, l'implacable Plangon. Moi j'ai dit : * Si je ne puisjouir de mes amours comme autrefois , je me tuerai. »
Et, en disant ces mots, l'enfant tira du pli de sa tunique un poignard à manche d'agate, dont il fit mine de se frapper. Bacchide pâlit et lui saisit le bras au moment où la pointe effilée dé la lame allait atteindre la peau douce et polie de l'enfant.
Elle lui desserra la main et jeta le poignard darts la mer, sur laquelle s'ouvrait la fenêtre de sa chambre; puis, entourant le corps de Ctésias avec ses beaux bras potelés , elle lui dit :
« Lumière de mes yeux , tu re verras ta Plangon; quoique ton récit m'ait fait bien souffrir, je te par-
donne ; Éros est plus fort que la volonté des simples
mortels, et nul ne peut commander à son coeur. Je
te donne ma chaîne, porte-la à ta maîtresse irritée; sois heureux avec elle , et pense quelquefois à BacchidedeSamos,quetu avais juré d'aimertoùjours.»
Ctésias, éperdu de tant de générosité, couvrit
l'hétaïre de baisers, résolut de rester avec elle et de ne revoir jamais Plangon. Mais il sentit bientôt qu'il n'aurait pas la force d'accomplir ce sacrifiée',
oi l'aman r partagé. 133
et, quoiqu'il se taxât intérieurement de la plus noire ingratitude, il partit, emportant la chaîne de Bacchide Samienne.
Dès qu'il eut mis le pied sur le Pirée il prit deux porteurs, et, sans prendre le temps de changer de vêtement, il courut chez l'hétaïre Plangon.
En le voyant, les esclaves scythes firent le geste de délier les chaînes de leurs chiens monstrueux; mais Ctésias les apaisa en leur assurant qu'il apportait avec lui la fameuse chaîne d'or de Bacchide de Samos.
« Menez-moi à votre maîtresse , » dit Ctésias à une servante de Plangon.
La servante l'introduisit avec ses deux porteurs.
« Plangon , dit Ctésias du seuil de la porte en voyant que la Milésiennc fronçait les sourcils , ne vous mettez pas en colère , ne faites pas le geste de me chasser; j'ai rempli vos ordres et je vous apporte la chaîne d'or de Bacchide Samienne. »
Il ouvrit le coffre et en tira avec effort la chaîne d'or, qui était prodigieusement longue et lourde. « Me ferez-vous encore manger par vos chiens et battre par vos Scythes, ingrate et cruelle Plangon?»
Plangon se leva , fut à lui , et, le serrant étroite-
ment sur sa poitrine : « Ah ! j'ai été méchante, dure, impitoyable; jft t'ai fait souffrir, mon cher cœur. Je ne sais comment je me punirai de tant de cruautés. Tu aimais Bacchide et tu avais raison, elle vaut mieux que moi. Ce qu'elle vient de faire, je n'aurais eu ni la force ni la générosité de le faire. C'est une grande âme; une grande âme dans un beau corps ! en effet, tu devais l'adorer ! » Et une légère rougeur, dernier éclair d'une jalousie qui s'éloignait, passa sur la figure de Plangon.
Dès ce jour Ctésias , au comble de ses vœux , rentra en possession de ses privilèges, et continua à vivre avec Plangon au grand désappointement de tous les merveilleux Athéniens.
Plangon était charmante pour lui et semblait prendre à tâche d'effacer jusqu'au souvenir de ses précédentes rigueurs. Elle ne parlait pas dé Bacchide; cependant elle avait l'air plus rêveur qu'à l'ordinaire et paraissait agiter dans sa cervelle un projet important.
Un matin , elle prit de petites tablètteà dë sycomore enduites d'une légère couche de ciré, écrivit
ou L'amant Partagé. 135
<|uèlt[uéd lignés avéc la pointe d'un étylet , appela un messager et lui remit les tablettes, en lui disant dé leè porter lé plus proriiptemettt possible à Samos, chez Bacchidc l'hétaïre.
A quelques jours de là Bacchidc reçut, des mains du fidèle messager qui avait l'ait diligence , les petites tablettes de sycomore dans une boite de bois précieux, où étaient enfermées deux unions de perles parfaitement rondes et du plus bel orient.
Voici ce que contenait la lettre :
« Plangon de Milet à Bacchidc de Samos , salut.
« Tu as donné à Ctésias de Colophon la chaîne d'or qui est toute ta richesse, et cela pour satisfaire le caprice d'une rivale; cette action m'a tellement touchée qu'elle a change en amitié la haine que j'éprouvais pour toi. Tu m'as fait un présent bien splendide, je veux t'en faire un plus précieux encore. Tu aimes Ctésias; vends ta maison, viens à Athènés ; mon palais sera le tien , mes esclaves t'obéîront, nous partagerons tout, je n'en excepte pas môme Ctésias. 11 est à toi autant qu'à moi; ni Tune ni l'autre nous ne pouvons vivre sans lui ,
vivons donc toutes deux avec lui. Porte- toi bien et sois belle ; je t'attends. »
Un mois après Bacchide de Samos entrait chez Plangon la Milésiennc avec deux mulets chargés d'argent.
Plangon la baisa au front, la prit par la main et la mena à la chambre de Ctésias.
« Ctésias, dit-elle d'une voix douce comme un son de flûte, voilà une amie à vous que je vous amène. »
Ctésias se retourna ; le plus grand étonnement se peignit sur ses traits à la vue de Bacchide.
« Eh bien ! dit Plangon , c'est Bacchide de Samos, ne la reconnaissez-vous pas? Étes-vous donc aussi oublieux que cela? Embrasse -la doncj on dirait que tu ne l'as jamais vue. » Et elle le poussa dans les bras de Bacchide avec un geste impérieux et mutin d'une grâce charmante.
On expliqua tout à Ctésias, qui fut ravi comme vous pensez , car il n'avait jamais cessé d'aimer Bacchide, et son souvenir l'empêchait d'être parfaitement heureux ; si belles que fussent ses amours présentes, il ne pouvait s'empêcher de regretter
ou l'amant pabtagé. 137
ses amours passées, et l'idée de faire le malheur d'une femme si accomplie le rendait quelquefois triste au-delà de toute expression.
Ctésias, Bacchide et Plangon vécurent ainsi dans l'union la plus parfaite, et menèrent dans leur palais une vie élyséenne digne d'être enviée par les dieux. Personne n'eût pu distinguer laquelle des deux amies préférait Ctésias, et il eût été aussi difficile de dire si Plangon l'aimait mieux que Bacchide ou Bacchide que Plangon.
La statue d'Aphrodite fut replacée dans la chapelle du jardin, peinte et redorée à neuf. Les vingt génisses blanches à cornes dorées furent religieusement sacrifiées à Mercure, dieu de l'éloquence, et les cent couples de colombes à Vénus, qui change les cœurs, selon le vœu fait par Ctésias.
Cette aventure lit du bruit, et les Grecs, émerveillés de la conduite de Plangon Joignirent à son nom celui de Pasiphilc.
Voici l'histoire de Plangon la Milésienne comme on la contait dans les petits soupers d'Athènes , au temps de Périclès» Excusez les fautes de l'auteur •
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OMPHALE
Mon oncle, le chevalier de ***, habitait une petite maison donnant d'un côté sur la triste rue des Tour nelles et de l'autre sur le triste boulevard Saint- Antoine. Entre le boulevard et le corp -de-logis, quelques vieilles charmilles, dévorées d'insectes et
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de mousse, éliraient piteusement leurs bras décharnés au fond d'une espèce de cloaque encaissé par de noires et hautes murailles. Quelques pauvres fleurs étiolées penchaient languissamment la tête comme de jeunes lilles poitrinaires, attendant qu'un rayon de soleil vint sécher leurs feuilles à moitié pourries. Les herbes avaient fait irruption dans les allées, qu'on avait peine à reconnaître, tant il y avait longtemps que le liteau ne s'y ; était promené. Un ou deux poissons rouges flottaient plutôt qu'ils ne nageaient dans un bassin couvert de lentilles d'eau et de plantes de marais.
Mon oncle appelait cela son jardin.
Dans le iardin de mon oncle, outre toutes les belles choses que nous venons de décrire, il y avait un pavillon passablement maussade, auquel, sans doute par antiphrase, il avait donné le nom de Délices. Il élait dans un état de dégradation complète. Les murs faisaient ventre; de larges plaques de crépi s'étaient détachées et gisaient à terre entre les orties et la folle avoine; une moisissure putride verdissait les assises inférieures j lcs bpis des volets et des portes avaient joué >. elle$ ne fermaient pUl»
ou, fort, mal. Une espèce de gros pot-à-feu avec des effluves rayonnantes formait la décoration de rentrée principale; car, au temps de Louis XV, temps, de la construction des Délices , il y avait toujours , par prçpaution, deux entrées. Des oyes, des chicorées études volutes, surchargeaient la corniche tpute démantelée par l'infiltration des, eaux pluviales. Bref, c'était une fabrique assez lamentable ?i ypir que les Délices de mon oncle le chevalier de
Cette pauvre ruine d'hier, aussi délabrée que si
elle euteu mille ans, ruine de plâtre et non de pierre, tpute!ridçe> [toute gercçe, couverte de lèpre, ron? gçQ de mousse et çle salpêtre, avait l'air d'un de ces vieillards, précoces. , usés par de sales débauches ; elles n'inspiraient aucun respect ; car il n'y a rien de si laid et de si misérable au monde qu'une vieille robe de gaze et un vieux mur de plâtre , deux choses \\À ne doivent pas durer et qui durent.
C'était ç[ans ce pavillon que mon oncle m'avait logé.
J/intçrieup n'en était pas moins rococo que l'extérieur, quojqufiun peu mieux conservé. Le litétaitde
OMPHAF.l' .
lampasjauneàgrandesfleursblanches. Unependule de rocaille posait sur un pied-douche , incrusté de nacre et d'ivoire. Une guirlande de rose pompons circulait coquettement autour d'une glace de Ve-
nise; au-dessus des portes les quatre saisons étaient peintes en camayeu. Une belle dame, poudrée h frimas, avec un corset bleu de ciel et une échelle de rubans de la même couleur, un arc dans la main
droite, une perdrix dans la main gauche, un croissant sur le front, un lévrier à ses pieds, se prélassait et souriait le plus gracieusement du monde dans un large cadre ovale. C'était une des anciennes maîtresses de mon oncle, qu'il avait fait peindre en Diane. L'ameublement, comme on voit, n'était pas des plus modernes. Rien n'empêchait que l'on ne se crût au temps de la Régence, et la tapisserie mythologique qui tendait les murs complétait l'illusion on ne peut mieux.
La tapisserie représentait Hercule filant aux pieds d'Omphale. Le dessin était tourmenté à la façon de Vanloo et dans le style le plus Pompadour qu'il soit possible d'imaginer. Hercule avait une
quenouille entourée d'une faveur couleur de rose:
il relevait son petit doigt avec une grâce toute particulière, comme un marquis qui prend une prise de tabac, en faisant tourner, entre son pouce et son index, une blanche flammèche de Classe; son cou nerveux était chargé de nœuds de rubans, de rosettes, de rang de perles et de mille attiquets féminins; une large jupe gorge de pigeon, avec deux immenses paniers, achevait de donner un air toutà-fait galant au héros vainqueur de. monstres. ( Omphale avait ses blanches épaules à moitié .couvertes par la peau du lion de Némée; sa main frêle s'appuyait sur la noueuse massue de son amant;
ses beaux cheveux blonds cendrés, avec un œil de
poudre , descendaient nonchalamment au long de son cou, souple et onduleux comme un cou de colombe; ses petits pieds, vrais pieds d'Espagnole ou de Chinoise, et qui eussent été au large dans la pantoufle de verre de Cendrillon , étaient chaussés de cothurnes demi-antiques, lilas tendre, avec un semis de perles. Vraiment, elle était charmante! Sa tète se rejetait en arrière d'un air de crânerie adorable; sa bouche se plissait et faisait une délicieuse petite
moue ; sa narine était légèrement gonflée, ses joues
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un peu allumées; un assassin , savamment placé, en rehaussait l'éclat d'une façon nie r veilleuse ; il ne lui manquait qu'une petite moustache pour faire un mousquetaire accomplie
Il y avait encore bien d'autres personnages dans la tapisserie, la suivante obligée, le petit Amour de rigueur; mais ils n'ont pas paisse dans mon souvenir une silhouette assez distincte pour que je les puisse décrire.
En ce temps-là j'étais fort jeune, ce qui ne veut pas dire que je sois très .vieux aujourd'hui; mais je venais de sortir du collège, et je restais chez Mon oncle en attendant que j'eusse l'ait choix d'une profession. Si le bonhomme avait pu prévoir que j'embrasserais celle de conteur fantastique, nul doute qu'il ne m'eût mis à la porte et déshérité irrévocablement; car il professait pour la littérature en général, et les auteurs en particulier) le dédain le plusaristocratique; en vraigenlilhomme qu'il était, il voulait faire pendre ou rouer de coups de bâton , par ses gens , tous ces petits grimauds qui se mêlent de noircir du papier et parlent irrévérencieusement des personnes de qualité. Dieu lasse paix à mon
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pauvreoricle ! Mais il n'estimaitréellement au monde que Tépitre à Zétulbé.
Donc je venais de sortir du collège. J'étais plein de rêves et d'illusions. J'étais naïf autant et peutêtre plus qu'une rosière dé Salency. Tout heureux de ne plus avoir depensùm à faire Je trouvais que tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Je croyais à une infinité de choses; je croyais à la bergère de M. de Florian, aux moutons péignés et poudrés à blanc; je ne doutais pas un instant du troupeau de madame Deshoulières. Je pensais qu'il y avait effeétivement neuf muses , comme l'affirmait VAppeiidix de Diis et Heroibus du Père Jouvency. Mes' souvenirs de Berquin et de Gessner me créaient un petit monde où tout était rose, bleu de ciel èt vert-pomme. sainte innocence! Sancta simplicités l comme dit Méphistophélès.
Quand je me trouvai dans cette belle chambre, chambre à moi, à moi tout seul, je ressentis une joie à nulle autre seconde. J'inventoriai soigneusement jusqu'au moindre meuble; je furetai dans tous les coins et je l'explorai dans tous les sens. J'étais
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au quatrième ciel, heureux comme un roi ou deux. Après le souper (car on soupait chez mon oncle), charmante coutume qui s'est perdue avec tant d'autres non moins charmantes que je regrette de tout ce que j'ai de cœur, je pris mon bougeoir et je me retirai, tant j'étais impatient de jouir de ma nouvelle demeure.
En me déshabillant il me sembla que les yeux d'Omphale avaient remué ; je regardai plus attentivement, non sans un léger sentiment de frayeur ; car la chambre était grande , et la faible pénombre lumineuse qui flottait autour de la bougie ne servait qu'à rendre les ténèbres plus visibles. Je crus voir qu'elle avait la tête tournée en sens inverse. La peur commençait à me travailler sérieusement; je soufflai la lumière. Je me tournai du côté du mur; je mis mon drap par-dessus ma tête; je tirai mon bonnet jusqu'à mon menton, et je finis par m'endormir. ,
Je fus plusieurs jours sans oser jeter les yeux sur la maudite tapisserie.
11 ne serait peut-être pas inutile, pour rendre plus vraisemblable l'invraisemblable histoire que je vais raconter, d'apprendre à mes belles lectrices
qu'à cette époque j'étais en vérité un assez joli garçon. J'avais les yeux les plus beaux du monde : je le dis parce qu'on me l'a dit; un teint uh peu plus frais que celui que j'ai maintenant, un vrai teint d'oeillet; une chevelure brune et bouclée que j'ai encore, et dix-sept ans que je n'ai plus. Il ne me manquait qu'une jolie marraine pour faire un très passable Chérubin; malheureusement la mienne avait cinquante-sept ans et trois dents, ce qui était trop d'un côté et pas assez de l'autre.
Un soir, pourtant, je m'aguerris au point de jeter un coup d'oeil sur la belle maîtresse d'Hercule; elle me regardait de l'air le plus triste et le plus langoureux du monde. Cette fois-là j'enfonçai mon bonnet jusque sur mes épaules et je fourrai la tête sous mon traversin.
Je fis cette nuit-là un rêve singulier, si toutefois datait un rêve.
J'entendis les anneaux des rideaux de mon lit glisser en criant sur leurs tringles , comme si l'on eût tiré précipitamment les courtines. Je m'éveillai; du moins dans mon rêve il me sembla que je m'éveillais. Je ne vis personne.
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La lune donnait sur les carreaux et projetait 1 dans la chambre sa lueur bleue et blafarde. De grandes ombres, des formes bizarres, se dessinaient sur le plancher et sur les murailles. La pendule sonna un quart; la vibration fut longue à s'éteindre; on aurait dit un soupir. Les pulsations du balancier, qu'on entendait parfaitement , ressemblaient à s'y méprendre au cœur d'une personne émue.
Je n'étais rien moins qu'à mon aise et je ne savais trop que penser.
Un furieux coup de vent fit battre les volets et ployer le vitrage de la fenêtre. Les boiseries craquèrent, la tapisserie ondula. Je me hasardai à regarder du côté d'Omphale, soupçonnant confusément qu'elle était pour quelque chose dans tout cela. Je ne m'étais pas trompé.
La tapisserie s'agita violemment. OmphaleOe détacha du mur et sauta légèrement sur le parquet; elle vint à mon lit en ayant soin de se tourner du côté de l'endroit. Je crois qu'il n'est pas nécessaire de raconter ma stupéfaction. Le vieux militaire le plus intrépide n'aurait pas été trop rassuré dans
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une pareille circonstance, et je n'étais ni vieux ni militaire. J'attendis en silence la fin de l'aventure.
Une petite voix flûtée et perlée résonna doucement à mon oreille, avec ce grasseyement m ignard affecté sous la Régence par les marquises et les gens de bon ton.
« Est-ce que je te fais peur, mon enfant? Il est vrai que tu n'es qu'un enfant; mais cela n'est pas joli d'avoir peur des dames , surtout de celles qui sont jeunes et te veulent du bien; cela n'est ni honnête ni français; il faut te corriger de ces crainteslà. Allons, petit sauvage, quitte cette mine et ne te cache pas la tête sous les couvertures. Il y aura beaucoup à faire à ton éducation , et tu n'es guère avancé, mon beau page; de mon temps les Chérubins étaient plus délibérés que tu ne l'es.
— Mais , dame , c'est que. . .
— C'est que cela te semble étrange de me voir ici et non là, dit-elle en pinçant légèrement sa lèvre rouge avec ses dents blanches, et en étendant vers la muraille son doigt long et effilé ; en effet, la chose n'est pas trop naturelle; mais quand je te l'expliquerais tu ne la comprendrais guère mieux >