‹ Une larme du diableChapitre 42 sur 61 · LE PETIT CHIEN DE LA MARQUISE · texte numérisé non relu

LE PETIT CHIEN DE LA MARQUISE

eritas. On sait encore où sont les morceaux de sa dernière poupée, et elle est si notoirement enfant, qu'elle accepte sans hésiter les rôles de vieille, de duègne et dcgrand'mcrc dans les proverbes et les charades de société. Heureuse Étiantc ! qui ne craint pas d'être confondue avec le personnage qu'elle représente, et qui peut se grimer hardiment sans courir le risque défaire prendre ses fausses rides pour de vraies !

En revanche, madame la présidente, dont le nez s'echaufle visiblement, à la grande satisfaction de ses amies, et qui commence à se couperoser en diable, trouve les rôles déjeunes veuves de vingtcinq ans beaucoup trop vieux pour elle.

Eliantc^ qui est née et ne voit que l'cxtremcmcnt bonne compagnie, a épousé à quinze ans le comte de***; elle sortait du couvent et n'avait jamais vu son prétendu, qui lui sembla fort beau et fort aimable; c'était le premier homme qu'elle voyait après le père confesseur. Elle ne comprenait d'ailleurs du mariage que la voilure, les robes neuves et les diamants.

Le comte a bien quarante ans passés; il a été ce

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qu'on nomme un roué, un homme ù bonne3 fortunes, un coureur d'aventures sous le règne de L'autre roi. Il est parfait pour sa femme; mais comme il avait ailleurs une affaire réglée, un engagement formel, son intimité avec Éliante n'a jamais été bien sérieuse, et la jeune comtesse jouit de toute la liberté désirable, le comte n'étant nullement susceptible de jalousie et autres préjugés gothiques.

La Cgure d'Eliante n'a pas de ces régularités grecques dont on s'accorde à dire qu'elles sont parfaitement belles, mais qui au fond ne charment personne; elle aies plus beaux yeux du inonde et un jeu de prunelles supérieur, des sourcils finement tracés qu'on prendrait pour l'arc deCupidon, un petit nez fripon et chiffonné qui lui sied à ravir; une bouche à n'y pas fourrer le petit doigt; ajoutez à cela des cheveux ù pleines mains, et qui , lorsqu'ils sont dénoués, lui vont jusqu'au jarret; des dents si pures, si bien faites, si bien rangées, qu'elles forceraient la douleur à éclater de rire pour les montrer; une main (luette et potelée à la fois, un pied à chausser la pantoufle de Cendrillon , et

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Vous aurez un ensemble d'un régal assez exquis. É liante, dans toute sa mignonne perfection, n'a de grand que les yeux. Le principal charme d'Éliante consiste dans une grâce extrême et une manière de porter les choses les plus simples. La grande toilette de cour lui va bien; mais le négligé lui sied davantage. Quelques indiscrets prétendent qu'elle est encore mieux sous le linge* Cette opinion nous parait ne pas manquer de probabilité.

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