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Puis clic prit le bichon ebaubi de tant d'honneur et le baisa fort tendrement entre les deux yeux.
Alcindor ne fut nullement surpris de la préférence de la comtesse pour le bichon et attendit patiemment son tour. Nous avons oublié de dire qu'Ëlianle s'était levée si brusquement que son peignoir de batiste s'était dérangé dé façon qu'Aicindor reconnut avec plaisir qu'il s'était abandonné à un mouvement de mauvaise humeur, et qu'Ëliantc n'avait pas de beau que les dents et les yeux.
« Madame, lit gracieusement le duc Alcinçlor, je ne suis pas le diable, je ne suis pas votre mari, je suis tout bonnement un homme qui vous adore. Voilà KnnCreluche ; souvcncz-Yous de ce que vous avez dit. »• ■ * :
Pliante donna un franc et loyal baiser aufdue Àleindor $ mais vous sa\ezqu'en fait de baise!* avec les jolies femmes chacun se pique de générosité, et ne veut pas garder- le cadeau, qu'on luifaiti *k;lçindor, qui n'était pas avare, rendit dont? h tëlitmte sou baiser considérablement revu ol augmenté.
Heureusement que Fanckonnctte entra fort ù propos.
« Ayez la bonté de vous tenir un peu derrière ce paravent; dès. qu'on m'aura mis mon corset Ton vous appellera.
-r- Venez, monsieur, c'est fait,» dit Fanchonnctte.
Àlcindor sortit de derrière son paravent; , Ejiante était toute coiffée avec un œil de poudre, deux repentirs de chaque côté du col, un hérisson sur le haut de la tête , les sept pointes bien marquées^ et des crêpes neigeux qui faisaient admirablement près de sa fraîche figure. Des plumes planches posées en travers lui donnaient une physionomie agaçante et mutine., ttref, elle était suprèmement bien. .
On lui init saviobe; elle avait un panier de huit aunes de large. La jupe était relevée de nœuds et * de papillons de diamants; sa robe de moire, rosepaille, du ton le plus tendre, flottait autour de sa • taille de guêpe avec des plis riches et abondants; sm\ corset, à demi ferme par une échelle de rubans, laissait entrevoir des beautés (feues des
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princes et des dieux ; elle n'avait d'ailleurs ni collier ni rivière; Eliante savait trop bien que le cou distrairait du collier, et que chacun crierait au meurtre pour le moindre vol fait aux yeux; pour tout ornement une seule petite rose pompon naturelle s'épanouissait à l'entrée de ce blanc paradis. Ses mules pareilles à sa robe auraient pu servir à une chinoise.
« Duc, j'ai une place dans ma loge , dit Eliante ; vous me reconduirez,* ajouta-t-elle en souriant.
Le duc Alcindor s'inclina respectueusement; Eliante prit Fanfreluche Sosie dans son manchon, et l'on partit pour l'Opéra.
On donnait un ballet d'un chorégraphe à la mode; la salle était comble; depuis les loges de Clavecin jusqu'aux bonnets d'Évêque, toutes les places étaient prises. Ce chorégraphe excellait surtout h rendre le sentiment de l'amour par une suite de poses d'un dessin tout-à-fait voluptueux, sans jamais outrager la décence. La vivacité de cet impérieux sentiment qui soumet les dieux et les hommes se traduisait par des pas pleins de feu et des attitudes passionnées prises sur la nature. On applau-
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dissait le gracieux Batyllc et la pétillante Euphrosine comme ils le méritaient, c'est-à-dire à tout rompre j les vieux connaisseurs de l'orchestre avaient beau vanter aux jeunes gens la grâce noble et les poses majestueuses de la danseuse qui tenait auparavant ce chef d'emploi, on les traitait de radoteurs et personne ne voulait les écouter.
Alcindor, toutù sa conquête, ne prêtait qu'une très légère attention à ce qui se faisait sur la scène; Eliantc était enivrée du bonheur de posséder'Fanfreluche et de l'idée du désespoir de la marquise privée du bichon chéri.
Cependant les décorations étaient fort belles et méritaient des spectateurs plus attentifs.
On y voyait la grotte du dieu de l'onde, avec des madrépores, des coraux, des coquilles, des nacres de perle imités en perfection et du plus singulier éclat ; un palais enchanté au-dessus de tout ce que les contes de fées renferment de plus opulent et de plus merveilleux, des descentes avec des gloires et des vols de machines admirablement exécutés. Mais Alcindor s'occupait d'Eliantc, etEliante s'occupait de Fanfreluche, et aussi un peu d'Alcindor,
dont la mine et lo riche habillement l'avaient frap^ pce particulièrement le soir.
Pour le faux Fanfreluche, il faisait assez piteuse figure; il n'était pas accoutume à se trouver en si bonne compagnie, et, les deux pattes appuyées sur le devant de la loge, il considérait tout d'un œil effaré.
Soudain, ô coup de théâtre inattendu ! la porte d'une loge s'ouvre avec fracas. Une dame, étincelante de pierreries , très décolletée, avec du rouge comme une princesse, en bel habit bien porté, se place avec deux ou trois jeunes seigneurs; c'est la marquise. Un petit chien sort la tète de son manchon , pose les pattes sur le devant de la loge avec un air d'impudence digne d'un duc et pair; c'est Fanfreluche, le vrai, le seul inimitable Fanfreluche.
Eliante l'aperçoit, ô revers du sort [ Elle lance au duc stupéfait un regard foudroyant; puis, suffoquée par l'émotion, elle se pâme et s'évanouit complètement. On la remporte chez elle, pù l'on est plus d'une heure à la faire revenir ; ni les sels d'Angleterre, ni l'eau du Carme, ni celle de la reine
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de Hongrie , ni les gouttes du général Lamothc, ni la plume brûlée et passée sous le nez ne peuvent la tirer de cet évanouissement, et si la menace de lui jeter de l'eau à la figure ne l'eût rappelée subitement à la vie, on aurait pu la croire véritablement morte. Àlcindor est inconsolable.
Car Eliante ne veut plus le recevoir, et il se distrait de sa douleur en bâtonnant deux fois par jour Giroflée et Similor, que cette considération seule l'a empêché de chasser.
Cependant on prétend que quelques jours après il a reçu d'Élianlc un petit billet ainsi conçu :
«Mon cher duc, j'ai cru que vous aviez voulu « me tromper sciemment ; j'ai su depuis que vous « aviez été vous-même la dupe de Similor et de « Giroflée. Le bichon que vous m'avez donné ne « manque pas de dispositions et ne demande qu'à « être cultivé pour éclipser Fanfreluche; vousdan- « sez comme un ange, voulez-vous être son maître « à danser? Adieu, Alcindor. »
Deux mois après, le bichon Pistache, plus jeune, plus souple et plus gracieux, avait complètement efl'acé la gloire du bichon Fanfreluche , et Alcin-
320 LE PETIT CHIEN DK h\ .MARQUISE.
dor avait donné un bon coup d'cpée au chevalier
de Versac qui ne voulait pas que l'on allât sur ses brisées. Versac ne se releva pas de cet échec, et Alcindor devint décidément l'homme à la mode.
Lecteur grave et morose, pardonne ce précieux
entortillage h quelqu'un qui se souvient peut-être trop d'avoir lu Angola et le Grelot, et dont la seule prétention a été de donner l'idée d'un style et d'Une
manière tout-à-fait tombés dans l'oubli.