‹ Une larme du diableChapitre 52 sur 61 · LE NID DE ROSSIGNOLS · texte numérisé non relu

LE NID DE ROSSIGNOLS

Autour du château il y avait un beau parc.

Dans le parc il y avait des oiseaux de toutes sortes : rossignols, merles, fauvettes ; tous les oiseaux de la terre s'étaient donné rendez-vous dans le parc.

Au printemps c'était un ramage à ne pas s'en-^

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tondre; chaque feuille cachait un nid, chaque arbre était un orchestre. Tous les petits musiciens emplumés faisaient assaut à qui mieux mieux. Les uns pépiaient, les autres roucoulaient; ceux-ci faisaient des trilles et des cadences perlées , ceux-là découpaient des fioritures ou brodaient des points d'orgue : de véritables musiciens n'auraient pas si bien fait.

Mais dans le château il y avait deux belles cousines qui chantaient mieux à elles: deux que tous les oiseaux du parc; Tune s'appelait Fleurette et l'autre Isabeau. Toutes deux étaient belles, désirables et bien en point, et les dimanches, quand elles avaient leurs belles robes, si leurs blanches épaules n'eussent pas montré qu'elles étaient de véritables filles, on les aurait prises pour des anges ; il n'y manquait que les plumes. Quand elles chantaient, le vieux sire de Maulevrier, leur oncle, .les tenait quelquefois par la main, de peur qu'il ne leur prît la fantaisie de s'envoler. \ K

Je vous laisse à penser les beaux coups de lance qui se faisaient aux carrousels et aux tournois en l'honneur de Fleurette c.t <Wsabeau. Leur réputa-

le nid ne itosstuNoi.s. \

tion de beauté et de talent avait fait le tour de l'Europe , et cependant elles n'en étaient pas plus fières; elles vivaient dans la retraite, ne voyant guère d'autres personnes que le petit page Valentin , bel enfant aux cheveux blonds , et le sire de Maulevrier, vieillard tout chenu, tout hâlé et tout cassé d'avoir porté soixante ans son harnais de guerre.

Elles passaient leur temps à jeter de la graine aux petits oiseaux, à dire leurs prières^ et principaiement à étudier les oeuvres des maîtres, et à

repéter ensemble quelque motet, madrigal, villanelle, ou telle autre musique; elles avaient aussi des fleurs qu'elles arrosaient et soignaient ellesmêmes. Leur vie s'écoulait dans ces douces et poétiques occupations de jeune fille; elles se tenaient dans l'ombre et loin des regards du monde, et cependant le monde s'occupait d'elles. Ni le rossignol ni la rose ne se peuvent cacher ; leur chant et leur odeur les trahissent toujours. Nos deux cousines étaient à la fois deux rossignols et deux roses. Il vint des ducs, des princes, pour les demander

en mariage ; l'empereur de Trébizonde et le sou-

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